Inspiré d'une histoire vraie, ce film retrace les évènements qui ont conduit à l'assassinat d'un professeur d'histoire par un terroriste islamiste après qu'il ait montré à ses éléves des caricatures de Mahomet.
Ce film est très prenant, haletant. L'accroissement de la tension et la montée en puissance de la panique jusqu'au point culminant sont très bien rendus.
La collégienne ayant prétendu que M. Paty avait contraint les élèves musulmans à sortir de la classe avant de montrer les caricatures, et son père, sont réussis eux aussi. En effet, ils sont moins manichéens qu'ils ne le paraissent au premier abord. On comprend bien qu'ils sont rapidement dépassés par leurs mensonges et/ou décisions et entraînés dans un engrenage.
De plus, Antoine Reinartz campe un Samuel Paty très émouvant, doux, sensible et compréhensif. Alors qu'on connait la fin dès le début, on a envie qu'il s'en sorte.
Cependant, certaines séquences détonnent par leur aspect caricatural. On les croirait presque sorties d'un mauvais thriller.
Ainsi, l'utilisation de la voix off dans les premières scènes censée refléter l'intériorité du héros n'était absolument pas nécessaire. Toute la séquence sonne faux, en devient superficielle. L'idée est d'annoncer la tragédie mais le monologue a été très mal écrit : ces phrases qui devraient éveiller l'empathie ont été trop entendues dans d'autres films pour inspirer encore une quelconque émotion. Elles ont perdu tout impact et irritent plus qu'autre chose.
S'obstiner à masquer le visage de l'assassin le plus longtemps possible par des jeux d'ombre et des mouvements de caméra est tout aussi ridicule. Il ne s'agit pas ici d'une enquête policière fictive mais bien d'un film inspiré de faits réels et retraçant une tragédie. L'identité du meurtrier n'a jamais été un mystère dans la réalité. Pourquoi en créer un dans la fiction ? Il semblerait que le réalisateur ait voulu s'emparer de certains codes cinématographiques, oubliant dans la foulée la nature réelle de son matériau. Ses effets tombent donc à plat.
De la même façon, l'audition du collégien ayant majoritairement aidé l'assassin à identifier Samuel Paty bascule allègrement dans le pathos. Dès lors, il est difficile de croire que le jeune garçon ait pu réellement s'exprimer ainsi.
Enfin, la séquence dans laquelle un policier, échangeant avec un collègue, fait le récit des ultimes heures ayant précédé le meurtre est tout à fait invraisemblable. Personne ne s'attarde ainsi sur un sujet, avec un tel luxe de détails, en énonçant point par point ce qui aurait pu éventuellement être évité. Le procédé scénaristique est extrêmement maladroit. Ici, une voix off impersonnelle aurait été bien plus efficace et naturelle.
Ce film a beaucoup de qualités, il est palpitant et met en scène des personnages bien écrits. Cependant, il est légèrement terni par des maladresses dignes d'un premier film. Étrange... Vincent Garenq n'en est pourtant pas à son coup d'essai.