Condamné pour avoir tué accidentellement un policier, Stef Tassel s’évade de la prison de Markstein. Pourchassé, il trouve refuge à l’hôtel de ville où se tient un meeting en faveur du président Cavalier, candidat aux prochaines élections, et enlève la fille de ce dernier…
Inspiré librement d’un fait divers, le film resserre l’action sur vingt-quatre heures, donnant l’impression d’une fuite en avant presque ininterrompue, comme si le temps lui-même se mettait au rythme haletant du personnage traqué.
« L’Albatros » n’est pas exempt de défauts : scénario parfois invraisemblable, silhouettes caricaturales. Mais ces scories deviennent presque secondaires face à l’évidence : c’est un film habité. Un film qui brûle d’une foi rare dans ses personnages.
Sur le fond, Mocky ne se contente pas d’éreinter un monde politique gangrené par l’argent et l’arrivisme ; il oppose à cette médiocrité un élan libertaire d’une pureté presque naïve. Stef Tassel n’est pas seulement un fugitif : il est un homme qui refuse les règles d’un jeu truqué. Face aux notables cyniques, aux policiers mécaniques, aux stratèges électoraux, il incarne une forme de liberté instinctive, presque sauvage.
La relation qui se noue entre le ravisseur et son otage dépasse très vite le simple ressort dramatique : elle devient l’alliance fragile de deux êtres qui, l’espace d’une nuit, échappent à l’ordre social. Mocky filme leur cavale comme une parenthèse enchantée, un moment suspendu où l’amour devient un acte de défi.
Sur la forme, le film revendique l’énergie d’une série B artisanale, tournée dans l’urgence, avec des moyens modestes mais une conviction intacte. Cette simplicité renforce la dimension romantique du récit : rien de spectaculaire, rien d’ostentatoire, seulement des corps en fuite, une nuit, et une musique de Léo Ferré qui plane comme un chant de révolte.
La présence de seconds rôles familiers du cinéma français — tel Michel Delahaye, ancien critique aux Cahiers du cinéma, à l’aise aussi bien chez Godard (Bande à part, Alphaville) que chez Rollin (La Vampire nue, Le Frisson des vampires) — participe de cette liberté de ton, de ce refus des hiérarchies établies.
Et la scène finale, magnifique, où le kidnappeur et son otage font l’amour au sommet d’un mur de la prison sous les yeux impuissants de la police et de la canaille politique, donne au film sa dimension quasi mythologique : l’amour comme ultime geste de défi, comme victoire symbolique sur un monde de compromission.
Bref, un film qui a une âme, profondément romantique et farouchement libertaire.