Le crépuscule du mythe : une splendeur visuelle et musicale qui prend (un peu trop) son temps

Avec "L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" (2007), le réalisateur Andrew Dominik livre une œuvre à contre-courant : une autopsie psychologique d'un mythe américain, à la fois fascinante et imparfaite. C'est un film qui prend son temps, parfois trop, mais qui frappe juste grâce à une ambiance visuelle et sonore absolument magistrale.


​Voici pourquoi le film mérite un solide 7/10.


La B.O. de Nick Cave et Warren Ellis : le coeur battant du film

​Commençons par ce qui est sans conteste le point fort absolu de l'œuvre : sa musique. Nick Cave et Warren Ellis n'ont pas simplement composé une B.O., ils ont écrit l'âme du film.

Leur partition, faite de violons grinçants, de pianos mélancoliques et de clochettes spectrales, transforme chaque scène de l'Ouest sauvage en une marche funèbre inéluctable. La musique ne dicte jamais l'émotion au forceps ; elle flotte, obsédante et organique, accentuant la paranoïa de Jesse et la pathétique admiration de Bob. C'est l'une des plus belles BO du cinéma contemporain, qui s'écoute en boucle même une fois le générique terminé.


Le duo Pitt/Affleck : une dynamique toxique parfaite

​Le casting est un coup de maître.


​- Brad Pitt livre l'une des meilleures prestations de sa carrière. Son Jesse James n'est pas un héros romantique, mais un paranoïaque charismatique, imprévisible et profondément terrifiant. Il impose une tension dingue rien qu'en regardant quelqu'un.


- ​Casey Affleck, de son côté, excelle dans la peau du "lâche" Robert Ford. Il incarne à la perfection le fan absolu, un homme rongé par l'admiration, la jalousie et un besoin maladif de reconnaissance. La relation entre les 2 ressemble à une version 19ème siècle du fan toxique prêt à détruire son idole pour prendre sa place.


Une claque visuelle signée Roger Deakins

​La photographie de Roger Deakins est sublime. Les paysages enneigés, les champs de blé balayés par le vent, les scènes éclairées à la simple lueur d'une lanterne (comme la fameuse scène d'attaque du train de nuit)... Tout est d'une beauté à couper le souffle. L'utilisation de lentilles déformantes sur les bords de l'image donne l'impression de regarder à travers le verre d'une vieille photographie d'époque. C'est de la peinture en mouvement.


Mais alors, pourquoi 7/10 et pas plus ? Le prix de la contemplation

​Si le film a d'immenses qualités, il n'échappe pas à un défaut majeur : sa lourdeur rythmique.

Le film dure 2h40 et, soyons honnêtes, on les sent passer. Le parti pris d'Andrew Dominik est l'étirement du temps. C'est un "slow-burn" (une combustion lente) assumé, mais la langueur frôle parfois la léthargie. Le film s'écoute souvent parler, abuse parfois de sa voix off omnisciente (Pierre Arditi qui donne un côté "livre audio" pas toujours nécessaire en VF) et souffre de quelques longueurs au milieu de son récit qui auraient mérité un bon coup de ciseaux au montage.


​En résumé, "L'Assassinat de Jesse James..." n'est pas un film qu'on regarde pour se détendre avec du pop-corn. C'est une expérience sensorielle, cruelle et poétique. Il exige de la patience et pardonne difficilement la fatigue du spectateur, mais pour ceux qui acceptent de se laisser bercer par la photographie de Deakins et les notes déchirantes de Nick Cave et Warren Ellis, c'est une sacrée leçon de cinéma.

vongoethepa
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le 28 avr. 2026

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