Premier film bhoutanais a être sélectionné aux Oscars (au deuxième essai), l'école du bout du monde, réalisé par Pawo Choyning Dorji, sort en France en 2022, soit quelques mois après sa sélection aux Oscars et trois après sa première diffusion à Londres. C’est le premier film de Dorji qui a ensuite réalisé le moine et le fusil, lui aussi sélectionné aux Oscars.
Le personnage principal du film, Ugyen (Sherab Dorji) est un instituteur qui n’aime pas son métier et qui ne rêve que d’immigrer en Australie. Il lui reste malheureusement un an à tirer et son manque total d’implication lui vaut une mutation à Lunana, un village de montagne au nord du pays. Il quitte alors la capitale, Thimphu, en bus puis marche pendant une semaine pour rejoindre le village où il découvre des élèves extrêmement motivés et une salle de classe sans aucun matériel.
Le film joue beaucoup sur les dichotomies, ancienne et nouvelle génération, villes et villages, et bien sûr les valeurs positives sont du côté de l’ancienne génération et des villages. Ugyen, jeune urbain, cumule donc les défauts et le personnage est assez antipathique au début du film, son exposition aux personnes âgées et à l’air de la montagne vont lui faire aimer son pays et le rendre plus sympathique. La conclusion de l’intrigue est néanmoins plutôt intelligente et empêche le film de tomber complètement dans le cliché. Le propos reste quand même très sage et se détourne de toutes questions qui pourraient fâcher, pourquoi un tel désir de migration chez la jeune génération éduquée et quel avenir pour les enfants, très attachants, de Lunana ?
Il n’est certes pas nécessaire de se pencher sur des questions épineuses pour faire un bon film, mais l’école du bout du monde survole tous les sujets abordés. On entrevoit sous forme de vignettes le rapport entre Ugyen et les villageois et son rapport avec les élèves nous est dévoilé plus par un dialogue un peu forcé que par leurs interactions. La mise en scène fait la part belle aux paysages et le tournage en extérieur ajoute un vrai cachet au film, mais elle peine à faire passer la dichotomie caricaturale du scénario.
La rareté des films bhoutanais et le peu d’information dont on dispose sur le pays rendent ce film très précieux mais aussi un peu décevant puisqu’au final il dresse un portrait du pays, à l’image de ses plans larges de paysages, beau mais lisse.