Lorsqu’en 1982, Wim Wenders élabore L’état des choses, le cinéaste est lui-même en crise. Film dépressif selon l’auteur, le métrage est une réponse désenchantée au tournage chaotique de Hammett, qui s’éternise et qui s’interrompt durant de très nombreux mois. Le rêve américain du réalisateur agonise, enlisé dans un schéma de production qui entrave son âme poétique. Wim Wenders conjure ses mauvais démons par une réunion avec sa fougue artistique. Pour insuffler de l’esprit à un film marqué par une forme de deuil envers l’industrie du septième art, le metteur en scène se libère de toute contrainte. Pas même un scénario ne guide l’intrigue de L’état des choses, il compose avec une liberté absolue qui lui manque alors cruellement sur ses autres projets. L’immobilisme forcé et la perdition morale de l’équipe de tournage qui tient lieu de personnages à ce nouveau film sont comme un écho du présent. À bout de bobine, les protagonistes végètent dans un hôtel portugais désaffecté, condamnés à tuer le temps en attendant des nouvelles qui ne viendront jamais du mystérieux producteur Gordon. Le réalisateur Friedrich tente de garder unie sa troupe, mais lui-même se laisse gagner par le désoeuvrement et le renoncement à ses mirages de gloire. Le remake voulu d’un film des années 1970 est avorté et il s’abîme sur les récifs de l’océan Atlantique.
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