Ulysse, c'est un peu chacun de nous, errant sur des mers inconnues à la recherche d'un foyer depuis si longtemps perdu qu'on l'a presque oublié. Ou peut-être veut-on l'oublier à tout prix car on sait que ce foyer et ces gens qui y vivent verront revenir un être si différent de celui qui l'a quitté qu'ils peineront à le reconnaître et peut-être à l'aimer encore. Comme Ulysse on regrette... on regrette notre passé, on regrette nos choix, on regrette le temps perdu qui nous est passé dessus, implacable. Et comme Ulysse, au-delà des regrets on veut retrouver cet endroit qui fut et qui sera peut-être; cet endroit qu'on appelle notre foyer, notre centre, notre coeur.
Mais Ulysse c'est aussi l'homme avec un grand H. C'est cette humanité qui par son intelligence et sa ruse a fini par briser les liens qu'elle entretenait avec les autres hommes et les forces primordiales et morales que faute d'un meilleur mot on appelle les dieux.
C'est cette odyssée permanente des hommes arpentant le chemin semé d'embuches, de morts, de moments qu'on cherche a oublier, qui mène à ce foyer tant espèré. Peut-être qu'on pourra se prouver qu'on est pas tout à fait perdu au fond, et que le cœur qui nous habite aura raison de nos ruses si on retrouve cet endroit.
Nolan a toujours été obsédé par le temps mais aussi par le mensonge qu'on se raconte à soi-même, pour se donner le beau rôle, pour justifier nos choix. Pas étonnant que la quête d'Ulysse pour retourner chez lui et pour se retrouver lui même ait trouvé une telle résonance chez lui.
Alors sans doute que le film n'est pas totalement réussi, qu'il n'est qu'une interprétation imparfaitement personelle de ce texte fondateur qu'est l'odyssée. Mais on y trouve pourtant le cœur du récit: la quête de l'humanité pour parvenir à se souvenir d'elle même à retrouver son foyer et à trouver une forme de pardon pour ce qu'elle a brisé dans sa quête de victoire sur elle-même et le monde.