C’est un film puissant, sublime, grandiose, bref épique. Tout est spectaculaire : la photo, le son et la musique, les paysages, les effets spéciaux, la réalisation, le montage avec des scènes de batailles, de luttes entre les hommes et contre les éléments et donc contre ou avec les dieux. L’odyssée c’est la longue errance de Ulysse qui tente de regagner Ithaque où Pénélope et Télémaque attendent le retour du héros victorieux de Troie en supportant la présence des prétendants au trône qui assiègent le palais. Leur présence n’est acceptée que pour respecter la règle de l’hospitalité établie par Zeus : toute personne doit être accueillie, même les étrangers car Zeus s’amuse à envoyer des "invités". Refuser l’hospitalité, c’est offenser Zeus, donc l’hôte, en bafouant l’hospitalité, risque la colère de Zeus. L’autre règle de Zeus à respecter est celle de l’offrande : elle nous renvoie à l’épisode du cheval de Troie. Ce cheval est présentée comme une offrande mais dans les chansons et récits louant les exploits de Ulysse, elle devient le symbole de ruse, magnifiant le Ulysse stratège alors que notre héros la considère comme une trahison, une tromperie, envers les règles divines. Et là commencent la prise de conscience, les questionnements aidé par Calypso qui le retient par amour 7 ans durant. Ulysse voulait-il vraiment revenir à Ithaque auprès de Pénélope ? A-t-il des regrets sur le déferlement de violence à Troie ? Se sent-il coupable quand il considère la ruse du cheval de Troie comme une trahison ? Regrette-t-il le sort fait au géant cyclope qui hurle de douleur et surprend Ulysse et ses compagnon parce que ce monstre est doté de parole ? Ressent-il de la culpabilité en provocant la colère de Poséidon : orages, tempêtes, errances, naufrages… Bref Nolan nous dresse le portrait d’un Ulysse bien complexe reprenant le texte fondateur de Homère et lui conférant aussi une grande modernité.
"Tout" Homère y est : la grotte du géant cyclope; l’épisode du cheval de Troie ; l’affrontement contre les géants en armures argentées qui n’ont qu'une pensée : tuer sans merci; la transformation des compagnons de Ulysse en porc par la magicienne Circé (j’avoue, la scène m’a quelque peu écœurée) ; la visite aux Enfers où il rencontre Agamemnon, roi monstrueux et implacable, commandant de l’expédition contre Troie auquel Ulysse obéit, et qui lui donnera un conseil pour le retour que Ulysse suivra ; les épisodes des sirènes, des monstres Charybde et Scylla et enfin son retour à Ithaque. L’Odyssée est une longue errance mémorielle, physique et morale. Notre héros porte le poids du secret : s’il revient il sera le seul à revenir.
Le récit commence par une mise en place des personnages et des situations précises qui ravivent nos souvenirs d’enfance mais qui s’adressent aussi aux "jeunes". J’ai apprécié cette "introduction" qui répond aux questions des spectateurs lambda. La narration reprend celle de Homère avec son récit enchâssé soit des histoires dans l’histoire qui, elle, est racontée par le héros lui-même. Ces techniques narratives donnent une grande complexité au récit magistralement mis en image par Nolan. Le jeu de tous acteurs est tout simplement magnifique : Matt Damon, héroïque, effrayé et perdu à la fois, joue ce héros en quête de réponses et de « pardon » pour qui il faut rendre hommage aux compagnons morts sans être honorés ; il faut honorer les dieux ; il faut trouver paix et conscience quitte à "gagner" l’exil ; Anne Hathaway est sublime entre colère et refoulement de sentiments ; surprenant et magnifique Tom Holland, fils dévoué et rusé ; Robert Pattinson méchant, usurpateur et imposteur à souhait ; etc. Quand Nolan reprend un des textes fondateurs de l'humanité, L’Odyssée, c’est un chef d’œuvre d’humanité.