Je n'ai pas d'a priori sur le cinéma de Nolan, ni en bien ni en mal. J'ai aimé certains de ses films, comme Inception ou Le Prestige ; j'ai exécré Tenet ou Dunkerque.
L'Odyssée est un film banal, artificiel pour qui aime le spectacle et le divertissement. Certes, la qualité technique, les effets spéciaux, les décors, le casting sont exemplaires. Mais on sait que Nolan (et s'est peut-être le seul aujourd'hui) peut avoir tout ce qu'il veut, aucune contrainte de budget ni exigence des producteurs.
Or, en dehors du spectacle, L'Odyssée n'a rien à raconter. L'histoire, on la connaît depuis des millénaires. Et elle a un défaut pour une adaptation cinématographique : sa longueur. C'est justement tout le sujet de l'Odyssée chez Homère : l'attente, le voyage interminable, les 10 ans de guerre et les 10 ans de péripéties jusqu'à son retour à Ithaque. Car à Troie, Ulysse a violé la loi de Zeus, la loi des hommes. Il lui faudra souffrir et attendre, jusqu'à en oublier sa propre vie dans les bras de Calypso. Puis se souvenir, assaillit par les remords, pour qu'il comprenne enfin sa faute, son péché d'orgueil.
Nolan reprend les codes du blockbuster américain : un enchaînement de scènes très rapide, pensé pour retenir l'attention de nos cerveaux anesthésiés par Tiktok. Ce rythme trop soutenu nous fait perdre pied avec le récit, nous empêche de nous attacher aux personnages et, in fine, de ressentir la moindre émotion. On peine à réfléchir, à ressentir, à éprouver, Nolan ne nous laisse pas le temps d'observer ce monde si étrange et poétique de l'Odyssée. Les péripéties s'enchaînent sans jamais laisser transparaître l'éternité du voyage d'Ulysse, au contraire, on sent qu'il avance, qu'il va bientôt rentrer. La musique joue aussi à nous maintenir sous pression permanente. Elle tambourine sur chaque scène de combat, mais échoue à nous faire ressentir le caractère épique de l'épopée.
Nolan n'a plus grand-chose à dire. Il est suffisamment doué pour faire des films attrayants mais oubliables. Au même titre que le temps passé à swiper inlassablement des reels Insta : ça nous occupe une heure, deux heures, une journée, mais que reste-t-il de nos souvenirs ? Rien, sinon le sentiment d'avoir perdu son temps.
L'Odyssée réussit à duper son spectateur, à le maintenir captif et en vie en le gavant de sucreries, de bonbons et de dopamines. Mais dès demain, au sortir de notre longue nuit, il ne restera plus rien du voyage pourtant éternel d'Ulysse et de son petit village.