L'Odyssée de Nolan peut se lire comme le diptyque d'Oppenheimer, le destin d'un homme dépassé par son invention de génie. Peut-être ce pour quoi se prend Nolan, mais qu'il n'est pas, na jamais été ou n'est plus, depuis quelques films : il mise sur la photographie plus que sur la mise en scène, sur le spectacle plus que sur l'ampleur, sur le rythme plus que son le montage et sur la musique plus que sur le son. Voici les faiblesses de son cinéma, ici répétées à quelques exceptions près.
Si on peut discuter, légitimement, le "génie" de Nolan, on ne lui enlèvera pas le fait qu'il propose des choses dans ses films, notamment autour de l'espace et du temps. Dans L'Odyssée, il propose un parallèle entre le temps de l'attente, tourné vers le futur (Pénélope et Télémaque à Ithaque, entourée de prétendants) et le temps du voyage, tourné vers le passé (Ulysse et ses compagnons en mer, hanté par les souvenirs de la guerre). Mais, par manque de clarté, cet aspect là pêche un peu. Ce qui fonctionne mieux, c'est le travail sur l'oralité, fidèle au récit antique. Mais là encore, le cinéaste n'ose pas interroger pleinement la question du point de vue au-delà de la notion de héros et d'anti-héros. Outre ce qu'il raconte (ce qu'il montre), L'Odyssée ne fait pas grand-chose.
Les scènes mythologiques et fantastiques (le cyclope, Circé, les sirènes, Calypso, Charybde et Scylla) sont sans doute ce qu'il y a mieux dans le film. Mais aucune de ces scènes ne se transcende. À peine commencées, elles sont déjà finies et on passe à l'épreuve suivante. À la figure féminine suivante. Et quand on connaît la difficulté de Nolan à écrire des personnages féminins intéressants, on peut se poser des questions... Circé et Pénélope sortent tout de même du lot, mais Calypso, Hélène/Clytemnestre et les sirènes s'y perdent.
Bref, même avec un tel récit de base, Nolan fait du Nolan. Alors, la photographie est belle, les trois heures filent à peu près, la musique en nappes sonores, bien que trop présente, propose de belles ambiances. Mais la mise en scène est ratée et remettrait même en cause la raison de l'Imax...