Pour son nouveau blockbuster tant attendu, Nolan s'attaque à la mythique Odyssée de l'aède grec. Une ambition cinématographique immense, démesurée sans doute et, disons le, la lyre du réalisateur britannique sonne faux, agace profondément - l'oreille et les yeux dans un premier temps - en ce qu'elle traduit la lecture inconsistante d'Homère par l'auteur d'Interstellar, qui ne parvient pas à faire une adaptation singulière et intéressante. Le récit de Nolan ne se contente pas d'être insipide (bien que ce soit déjà un défaut majeur pour une œuvre d'un tel budget), il est aussi mû par des choix artistiques et politiques injustifiables et fautifs.
Ulysse fait un discours se voulant anti-guerre à Pénélope dans lequel il dit avoir vu, lors du massacre de Troie, les pires atrocités. Toutefois, Nolan l'illustre par des images belliqueuses esthétisées à outrance, excessivement spectaculaires, qui ne peuvent évidement pas dégoûter de la boucherie militaire et qui suscitent au contraire une forme de fascination répugnante pour ce genre de scènes. L'image contredit ce (mauvais) discours de façon tellement criarde que toute tentative de critique de la guerre par le réalisateur prête à rire.
Par ailleurs, Nolan fait le choix d'ancrer son film autour de la "loi de Zeus", en en faisant une obligation d'accueil des étrangers, par crainte du Roi de l'Olympe. On pourrait croire, à travers cette référence, à une volonté de mettre en avant la nécessité et le bien fondé de l'accueil de l'Autre (même si cet acte n'est pas ici présenté comme découlant d'un amour de la morale). Pourtant, Nolan fait le choix délibéré de ne pas conserver le passage d'Ulysse chez les Phéaciens. Or, l'île de Nausicaa illustre, sans doute plus que toute autre escale, le respect pur pour l'étranger loin de chez lui, pour celui qui a tant besoin de raconter sa souffrance. En revanche, Nolan prend le parti consternant de conserver la tentative de ravitaillement sur l'île des géants en armure (les Lestrygons ?) qui ne sert strictement à rien si ce n'est à rajouter une péripétie supplémentaire à cette odyssée filmique démesurément onéreuse, spectaculaire mais vide d'intérêt.
Il n'y a pas ici de lecture intelligente et originale du récit homérique, tandis qu'il serait incontestablement plus riche de l'exploiter par rapport aux fléaux actuels plutôt que d'en faire le simple récit faussement initiatique de Matt Damon, dont le personnage est bien trop peu remis en question. L'orgueil d'Ulysse n'est, à titre d'exemple, pas représenté et le film fait du roi d'Ithaque un individu d'un calme à toute épreuve - contrairement aux personnages féminins qui sont bien souvent mal dessinés, d'une profondeur moindre et servis de dialogues insignifiants.
Sur le plan esthétique, l'utilité et l'intérêt des flashbacks succincts dont le spectateur est assailli dès les premiers plans du film, lorsque Pénélope évoque le souvenir d'Ulysse, interrogent. Outre rajouter des plans à un montage surchargé, excessivement rapide, couplé à une bande originale sans grand intérêt, ces images ne sont-elles pas purement superfétatoires ?
Enfin, certains dialogues, certaines phrases faussement intellectuelles achèvent de souligner le vide qui caractérise cette adaptation. Les quelques "libertés" prises n'ont guère d'intérêt et ne se justifient que par la volonté du cinéaste de favoriser la grandiloquence de l'image à tout prix.