J’attendais un voyage. J’ai souvent eu l’impression d’assister à un cours magistral.
Là où Homère suggère, Nolan explique. Longuement. Les dialogues semblent parfois moins écrits pour les personnages que pour le spectateur. Comme si le film craignait qu’on ne comprenne pas le mythe sans mode d’emploi. À force de tout verbaliser, il finit par assécher une partie de l’émotion.
Autre limite, ces fameuses architectures temporelles dont Nolan a fait sa signature. Elles apportaient une vraie valeur dans Memento ou Dunkerque. Ici, elles donnent surtout l’impression de fragmenter un récit qui, par essence, est celui d’un homme qui cherche simplement à rentrer chez lui. À vouloir compliquer la narration, le film perd parfois la force de son épopée.
Le casting est irréprochable sur le papier : les visages les plus bankables d’Hollywood sont réunis. Pourtant, cette accumulation de stars rappelle parfois davantage une affiche prestigieuse qu’une Grèce antique crédible. Je ne me suis jamais totalement laissé oublier les acteurs derrière leurs personnages.
Même certains choix de distribution m’ont sorti du récit. Non pas parce qu’ils seraient interdits, mais parce qu’ils m’ont semblé davantage répondre à une logique contemporaine qu’à la cohérence de l’univers que le film cherche à construire. D’autres spectateurs n’y verront aucun problème ; pour ma part, cela a parfois rompu l’immersion.
Visuellement, Nolan reste un immense cinéaste. Chaque plan respire le cinéma. Mais, cette fois, la virtuosité formelle m’a davantage impressionné qu’elle ne m’a ému.
Une démonstration de maîtrise, plus qu’une véritable odyssée intérieure.