L'envie de voir une adaptation de l'Odyssée au cinéma était trop forte : il y avait l'envie de me replonger dans ce magnifique livre que j'ai commencé à lire dans des éditions enfantines avant de passer aux choses plus sérieuses, avec ses inoubliables personnages mais il y avait aussi la curiosité de voir ce que Nolan avait pu en faire, etc.
On retrouve bien la trame de l'épopée même si Nolan a un peu déconstruit le récit et fait quelques impasses comme le séjour chez Alcinoos et sa fille Nausicaa ou encore le passage sur l'île d'Éole. Pour ce qui concerne le premier point, Nolan a choisi de l'assimiler avec le séjour d'Ulysse chez la nymphe Calypso. Pourquoi pas, même si les vrais connaisseurs (j'en connais une ...) crient au blasphème.
Ce qui est bien intéressant dans le scénario, c'est d'avoir développé l'histoire dévolue à Télémaque, souvent négligée, que ce soit dans sa relation à Ithaque avec sa mère et les Prétendants ou, surtout, dans son périple à Sparte pour voir Ménélas et gagner une autre vision de la guerre et de ses effets collatéraux.
Il en est de même du voyage d'Ulysse chez Hadès où il rencontre Tirésias mais aussi les âmes de plusieurs héros morts comme Agamemnon ou Sinon. Cette partie de l'épopée est généralement escamotée dans les adaptations, ce qui est dommage car elle offre du sens (ou de la cohérence) à l'histoire.
En termes de mise en scène, j'ai trouvé des épisodes réussis comme l'entrée du cheval dans Troie même si par la suite, Nolan nous sert un peu trop souvent l'image du sac de la ville … La scène des sirènes puis du passage de Charybde en Scylla est aussi très réussi avec le bémol que j'aurais bien aimé les voir et les entendre ces sirènes (comme Ulysse enchaîné sur son mât … L'épisode chez Circé, bien que peu ragoûtant et très gore, est aussi très réussi avec une Circé convaincante en femme qui cache bien son jeu. En revanche, d'autres épisodes m'ont paru pas loin d'être ratés comme celui, très simplifié, chez le cyclope (quelle idée de mettre l'œil vertical !) où Ulysse, dans le texte, développe plusieurs ruses dont celle de se faire appeler "Personne" …
Toujours d'un point de vue mise en scène, la "descente" aux enfers, spectaculaire, aurait été tournée en Islande, ce qui me parait une excellente idée avec les fumerolles et la grisaille.
Moins réussies, de mon point de vue, sont les batailles (le sac de Troie et le combat final) qui me paraissent peu lisibles. Est-ce le fait de la mobilité des caméras) qui ne s'attarde jamais plus de quelques secondes sur un personnage donné qui s'efface au profit du suivant ?
En termes de casting, le plus beau personnage de l'Odyssée est, bien entendu, Pénélope qui est à la fois le fil rouge du poème et le rêve (ou la finalité) d'Ulysse. Et là, je dois dire que Nolan ne s'y est pas trompé en magnifiant le personnage à travers la très belle prestation, très convaincante d'Anne Hathaway à en arracher presqu'une larme. Presque tout y est dans le film, … sauf la dernière question piège concernant le lit (anciennement construit par Ulysse) qui n'aurait pas démérité ici … Mais oui, je pinaille, ce n'est pas grave. C'était juste pour le fun !
Quant à Ulysse, c'est un Matt Damon tout en nuances qui assure le rôle. Et, il ne s'acquitte pas si mal du personnage complexe et rusé. Ce qui, à l'écran, parait être de l'indécision me parait être une bonne traduction de sa crainte des dieux qu'il sait avoir contrariés (Zeus et Poséidon) et dont il a à subir les maléfices. Bien sûr qu'il sait se battre mais la grande peur que j'avais, c'était de voir Nolan transformer le personnage en un superman ou un gros tas de muscles (bien américains à la schwarzie). Ouf, il n'en est rien. Nolan n'est pas tombé dans le piège.
Tom Holland, que je connais très peu, assure bien le personnage de Télémaque. C'est un adolescent en train de grandir et de devenir adulte à travers un parcours clairement initiatique.
C'est plutôt une bonne idée, pour le moins originale, que d'avoir confié le double rôle des deux demi-sœurs Clytemnestre et Hélène à Lupita Nyong'o qui sont des personnages secondaires, bien utiles pour élargir la vision de l'après-guerre.
Enfin, le méchant de service, Antinoüs, est assuré par un acteur que je ne connais pas, Robert Pattinson, qui présente un visage avenant cachant une véritable fourberie et une non moins vile lâcheté. Il fait bien l'affaire, ici.
Là où je suis un peu plus réservé, c'est sur l'image et la photographie qui me paraissent généralement assez ternes. Alors que les lieux méditerranéens où l'histoire est censée se passer peuvent nous offrir de si beaux paysages. Bon, d'accord, on peut comprendre que les Enfers ou la grotte de Polyphème soient peu attrayants. Il y a peut-être une raison au choix effectué par Nolan de rendre la guerre de Troie très (trop) présente par la régulière répétition des mêmes images du sac de Troie. Du coup, le voyage d'Ulysse passe parfois un peu trop au second plan. À moins, bien entendu, que Nolan veuille montrer que cette odyssée, ce voyage, ne sont qu'un long et traumatisant moment à passer puisqu'Ulysse y perdra peu à peu tous ses compagnons et même le sens de sa vie.
Reste à parler de la bande originale. Créée par le suédois Ludwig Göransson sur lequel je n'ai pas d'opinion, ne le connaissant pas. Si je voulais rester un peu positif, je pourrais dire que la musique appuie "généreusement" les moments d'intense tension de l'action qui se répercutent directement et efficacement sur le mental du spectateur avec son cadencement assourdissant. Mais si je reste objectif, je dirai qu'elle est omniprésente et bien envahissante. Inutilement et trop pour moi. Et si je fais ma mauvaise tête, je pourrai aussi dire qu'on reconnait bien là, un film de Nolan dont je viens de commenter le quatrième opus après "Interstellar" (6), "Dunkerque"(6) et "Oppenheimer" (8).
La note, à cause du sujet et du jeu des acteurs, sera 7.