Que dire du film de Nolan.... ?
Le truc qui me vient le plus immédiatement, c'est qu'il n'est pas féministe pour un sou.
Nous voilà devant ce récit qui embrasse l'histoire épique d'Ulysse dans un monde d'homme forts et orgueilleux où les femmes n'ont pas le choix de leur destin.
L'histoire me choquait déjà au collège quand on étudiait la mythologie. C'est quoi cette Pénélope qui ne peut pas régner, réduite à des travaux de couture pour éloigner la menace d'un mariage forcé ? Bien sûr, l'histoire la veut suffisamment maline pour trouver un moyen de gagner du temps en détissant sa tapisserie chaque soir. Mais son champ d'action reste réduit à peau de chagrin dès le début. Et les hommes dans tout ça ? Car le féminisme se soucie des hommes aussi. Quelles sont leurs options ? Se battre. Être le plus fort. Se venger quand l'honneur a été bafoué. Point. Un monde façonné par les valeurs de la guerre et de la conquête. Et le seul truc que Nolan trouve à dire aujourd'hui c'est ça : glorifier l'homme musculeux et combattif. Avec un regard tout premier degré. Un moment, on croit qu'enfin Ulysse comprend la futilité de la guerre, l'horreur de toute cette violence. Il se montre sensible, attaché à la vie de ses hommes. Mais toute cette sensiblerie disparaîtra de retour à Ithaque, dans une boucherie revancharde exécutée sans l'ombre d'un remord.
On pourra toujours objecter que l'histoire n'appartient pas au réalisateur. Qu'elle est ainsi contée par Homère. (L'est-elle, d'ailleurs ?). Mais pourquoi réhabiliter cette époque indécente ? Pourquoi prétendre nous divertir aujourd'hui en montrant longuement la mort de milliers de soldats engagés dans une guerre inutile. Dont le seul but est de venger le petit le petit ego bafoué et meurtris de Ménélas cocu ? Pourquoi amener 3h d'eau et des millions d'euros au moulin de cette vision patriarcale et viriliste du monde ? (Ma question est purement rhétorique, la réponse, dans cette Amérique trumpiste est évidente). Ulysse, premier super-héros de l'histoire. A quel moment, les femmes peuvent-elles s'identifier à un destin positif pour elles ? Pourquoi continue-t-on de montrer goulument à quel point elles sont contraintes et soumises ? On n'ose plus donner des rôles de " bon noir" au personnes noires et c'est tant mieux. Quand n'osera-t-on plus montrer ce genre de films ? Quand cessera ton de se repaitre de l'asservissement des femmes ? Alors pour les fans de bataille, je ne dis pas. Mais ne peut-on pas insérer un 3ème niveau de lecture à ce genre de passe-temps ? Ne faudrait-il inventer de nouvelles mythologies avec, au choix, des femmes plus guerrières ou des hommes plus pacifiques ? Ou au moins une tension, un dialogue, entre ces postures antagonistes. Avec des personnages qui ont la possibilité d'agir, pas juste de se lamenter ou de se venger.
A la fin du film, Ulysse trucide un à un, à la main, à la lance, à l'épée, les 108 prétendants de Pénélope. Le nombre des adversaires et sa détermination doivent être à la hauteur de son amour. Cependant, Mesdames, est-ce vraiment cela qu’on attend d’un homme qui veut nous prouver son amour ? Ici, c'est le point de vue de la caméra qui m'interroge. Tous ces efforts pour montrer le plaisir brûlant de la vengeance, justifiée par la nécessité de récupérer sa propriété pillée. Bel éloge de l'âge de pierre et de la loi du talion.
Bilan des courses : déception de m'être laissée avoir par la promesse d'accéder à " toute la puissance du mythe", dixit une critique. Certaines histoires valent probablement la peine d'être revisitées avant d'être contées à nouveau.