Prise de tête dans un De Toth
"A West Point, on m'a appris à faire la guerre. Ce qui laisse peu de temps pour devenir un être humain" (le Capitaine Bruhn)
Comme quoi, le grand cinoche, ça peut être extrêmement simple.
Avant tout le reste, c'est une bonne histoire (même très simple).
Et pour une bonne histoire, il faut des vrais personnages.
C'est le cas de Blaise Starrett, alias le très bon Robert Ryan.
La description et l'évolution de ce personnage est tout bonnement magnifique.
Une des grandes idées du film est de montrer la guerre larvée que se livre les gens du village avant l'intrusion de la bande d'outlaws.
Cela offre plusieurs avantages: on voit que la typologie des lieux est suffisamment dure pour que ça resurgisse sur tous. De fait, la tension est forcément présente en permanence.
Cela permet aussi de voire les conflits d'intérêt inhérents à une petite
communauté. De sentir un changement d'époque.
Et à ce titre, le conflit interne que vit Starrett est palpable, et va enrichir son personnage tout au long du film. A la suite de sa discussion avec une Miss Crane qui ne veut pas qu'il tue son mari, le jeu superbe de Robert yan va rendre tangible un dilemme intime qui déchire son personnage (il a d'ailleurs participé à l'écriture du scénario): après avoir été un homme essentiel au village, il se trouve désormais dans une position de plus en plus intenable. Son combat contre les barbelés est sans doute un combat d'arrière-garde et il se
retrouve dans le camp de ceux que la communauté rejette. Il glisse peu à peu
dans le rôle de ceux qu'il a toujours été fier de combattre.
L'arrivée de la troupe lui donnera une chance de rédemption qui le poussera au sacrifice.
Question personnages, la troupe du capitaine Bruhn se pose là. Chacun des hommes de la troupe est plus brute que nature. L'envie de beuverie intense et de viol transpire de leurs pores, et la scène de danse au saloon les plus malsaine qui puisse être donné d'imaginer pour l'époque (1959).
Avec leur arrivée au hameau, les conflits n'opposeront pas que les deux camps. Au sein de chaque clan, les tensions seront multiples. Avant même que des alliances à priori peu probables ne se nouent.
Les femmes sont toutes superbes (bon, pas de laideron dans ce trou perdu du Wyomming). De Toth raconta qu'il avait employé Tina Louise, qu'il ne considérait pas comme une vraie actrice, juste parce qu'elle voulait coucher avec Ryan et qu'il s'était servi de ça.
Pour ma part, j'ai vu de plus mauvaises actrices à l'écran.
Dernier grand personnage: le décors, avec son village miteux (5 baraques ?) perdu au milieu de la neige le brouillard et la tempête. Les scènes finales sont hallucinantes tant on sent que tout est vrai. Les conditions de tournages furent extrêmement dures. Une dernière anecdote: De Toth tourna un moment torse nu pour que l'équipe ne se plaigne plus du froid intense.
Simple. Dépouillé. Intense. Superbe.
Le real McCoy, quoi.