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le 30 janv. 2014
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Défait du maquillage cinématographique, le monstre affirme son visage humain dans une Amérique de la désillusion collective. En 1968, le cinéaste Peter Bogdanovich reconfigure l’illustration de la violence sur grand écran. La double intrigue de son premier film, La Cible, apparaît comme un chant du cygne des figures gothiques. Il illustre également l’émergence d’une autre forme de sauvagerie, sous les traits d’un citoyen ordinaire. L’assassin devient un homme comme les autres. Il est un faucheur de vie au visage d’ange, un tueur niché dans le cœur des banlieues pavillonnaires de Los Angeles. Bobby Thompson, incarné par Tim O’Kelly, est semblable à des millions d’autres jeunes adultes de son pays. Rien ne le distingue dans la masse californienne. Pourtant, Bobby prend un jour ses fusils et ouvre le feu sur les anonymes qu’il croise. Il chasse le gibier humain, sans sentiment, sans culpabilité, sans remords. D’un souffle entendu régulièrement dans le long métrage, il s’érige en dispensateur de mort. À la naissance de la nouvelle bête répond l’agonie d’une gloire des écrans, devenue lasse de jouer les épouvantails au cinéma. Dans un rôle presque autobiographique, Boris Karloff ne joue pas Byron Orlok, il le devient complètement, pour l’un de ses derniers rôles. Les psychés du personnage fictif et de l’acteur réel se confondent. Sans doute jamais le naturel élégant et comique de l’ancien interprète de la créature de Frankenstein n’aura eu un tel terrain de jeu. Byron est las du cinéma d’exploitation. Il est harassé. Il souffre de devoir continuer à se traîner sur les plateaux de tournage de films d’horreur médiocres. Byron claque la porte des studios, il renie ses engagements et signifie à ses producteurs qu’il a livré sa dernière danse. Le monstre tire sa révérence. Néanmoins, il est poursuivi par le réalisateur Sammy Michaels jusque dans l’intimité de sa chambre d’hôtel. Le cinéaste est joué par Peter Bogdanovich qui fait voler en éclats le quatrième mur dans La Cible. Son personnage propose à Byron un rôle enfin à la hauteur de son réel talent. Le comédien hésite, débat, confronte ses résolutions du moment et sa soif de cinéma. Les lignes scénaristiques distinctes convergent finalement vers un drive-in. Dans ce lieu bientôt funeste, l’interprète doit faire une apparition, et Bobby s’y réfugie avant de faire feu sur la foule. Une représentation de l’abomination fait ses adieux, et une nouvelle incarnation se substitue à lui.
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Créée
le 10 avr. 2026
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