Dans ''La dame de Shanghaï' – 1947, Orson Welles se met en scène sans chapeau à une époque où le port du chapeau est de rigueur pour un homme, mais Welles va tête nue, disant « Voyez, je suis libre des conventions – et du reste ».
Le jeune Welles ressemble déjà à un ours, tel que son prénom le prévoit cratyliquement parlant : Orson est ursin. Il se met donc en scène à rebrousse poil, face à une Rita Hayworth époustouflante de beauté, une beauté imparfaite et d'autant subjuguante.
Chaque personnage est typé jusqu'à la caricature, ce qui crée un univers vicié, grinçant – le regard fou de Glenn Anders n'y est pas pour peu, pas moins que celui de poisson mort d'Everet Sloane. Les plans, les images renforcent le sentiment de malaise, d'inquiétante étrangeté de ce monde qui ne tourne pas rond – qui tourne au rythme de ce que l'homme urbain moderne en fait et en voit, au rythme de ses turpitudes et de la nature foncièrement viciée de l'être humain.
Orson est un pessimiste, un critique. Mais il s'octroie le beau rôle et des répliques sentencieuses, qu'il monologue ou dialogue. Non, on ne la lui fait pas – et c'est Rita qui crève à la fin.
Il reste que l'on en a plein les yeux, de plan en plan, de surprise visuelle en surprise visuelle. L'on pourrait même regarder le métrage son coupé, sans ennui aucun et avec l'avantage d'échapper aux sentences de l'ours.