Il est intéressant de découvrir La faute à Voltaire après avoir vu les autres films d'Abdellatif Kechiche, car dès 2001, on peut dire que son style est déjà posé. Il parle déjà de l'immigration, de problèmes sociaux, de l'amour, de la danse, de la présence du sexe, et la présence de ses fameux gros plans... Oui, La faute à Voltaire est ce qu'on peut appeler un film matriciel.
Sami Bouajila joue un jeune homme immigré d'origine tunisienne, nommé Jallel, qui arrive en France plein d'espoirs, et qui décroche un permis de séjour durant quelques mois. Durant ce laps de temps, il va aller de foyer en foyer, fréquenter des connaissances dans un bar et rencontrer par deux fois l'amour, jusqu'à un final qu'on peut qualifier de tragique.
Tout comme dans Mektoub, Jallel est une page blanche sur laquelle on peut se projeter, personnage perdu dans un monde qui lui est inconnu, qui parle lui aussi assez peu, et qui est une victime des circonstances, quoique là, vis-à-vis de la gent féminine, c'est un séducteur. Tout d'abord, en rencontrant Aure Atika, que je n'avais vu aussi belle et émouvante, à qui il propose un mariage blanc pour rester en France, puis en faisant la rencontre d’Élodie Bouchez, qui est clairement un personnage à risques.
En étant hébergé à un moment donné dans un hôpital psychiatrique, il fait la connaissance de cette dernière, diagnostiquée comme nymphomane, et là où Bouchez aurait pu être agaçante, je la trouve touchante, car on sent qu'elle réprime de temps de temps cette envie de sexualité, et qu'elle agit à la fois comme une gamine qui veut ce qu'elle souhaite, quitte à passer envers les autres comme anormale.
D'ailleurs, c'est amusant de constater que La graine et le mulet, film que Kechiche tournera sept ans plus tard, est déjà cité par Bouajilia, quand il vend des journaux à la criée dans le métro, et qu'il annonce 15% de réduction sur ce film ! Mais tout comme ce dernier, il y a aussi quelque chose de Pagnolesque dans le récit, en particulier dans les dernières scènes, avec une partie de pétanque qui part en vrille, et l'alcoolisme du personnage de Bruno Lochet, formidable acteur, qui atteint des sommets. Kechiche ne juge jamais ses personnages, il les filme à bonne distance, pour le meilleur ou le pire, dans une situation vécue sans doute par des tas de personnes qui sont ensuite sans papiers, et les rend vraiment attachants.
Quant au sexe, de par la nature du personnage de Bouchez, il est important, déjà, avec des scènes assez chaudes, aussi bien une fellation que l'actrice se mettant nue près de la caméra.
Mais là aussi, on sent que cette jeune femme ne sait pas vraiment la folie de ses gestes, à s'envoyer en l'air aux toilettes avec un patient, ou à faire la gamine en voulant cacher ses seins, ce qui rend ces scènes plus touchants que vraiment excitantes ou qu'on soit comme des voyeurs.
Je dirais que pour un coup d'essai, c'est déjà un coup de maitre, primé à Venise en 2000, et qui plaira forcément aux amateurs de Kechiche, dont je suis, car tout y est.