Engagé dans une profonde réflexion sur l’image (photographie, peinture, miroir), Jean Epstein s’intéresse ici à la thématique du miroir qu’il décline en quatre temps, comme les trois reflets passés d’un quatrième, lui présent et néanmoins insaisissable, qui se plaît à échapper à toute entaille que l’amour viendrait creuser dans sa liberté. Cette fuite constante est d’abord le fruit d’un éclatement de la structure narrative qui, sous la forme de petits tableaux isolant chacun une femme, incarne trois formes d’amour-passion que l’homme repousse pourtant pour se griser de la vitesse, seule capable de lui fournir ce pouvoir hallucinogène et imagogène à la hauteur de sa fougue intérieure. Nous connaissons d’ailleurs dès le départ le sort qui attend le protagoniste principal, et l’utilisation d’intertitres poétise l’ensemble d’une façon surréaliste – on pense notamment à l’œuvre de Guillaume Apollinaire – et rétablit un mystère, ce mystère intrinsèque à l’existence humaine, que le langage cinématographique à proprement parler (surimpressions, gros plans et autre mouvement de caméra) appuie davantage encore. Notons enfin que la scène où la voiture sort du parking grave la rétine par sa folie libertaire et sa puissance esthétique. La Glace à trois faces élabore un tourbillon d’images qui trouve dans la danse des corps et des décors une déclinaison admirable dont nous aimerions ne jamais sortir.