Cristallisant des archaïsmes encore dissimulés sous un drap contemporain Paolo Sarentino nous offre un film profondément renversant.


De par sa réalisation extrêmement léché et la célérité de son montage le réalisateur parvient a proposer des séquences esthétiquement splendides. Sarentino frôle parfois dans sa photographie le surfait et le démonstratif sans pour autant jamais pleinement tomber dedans. Au contraire il se sert de ses codes esthétiques afin de retranscrire un microcosme mondain qui lui est belle et bien théâtralisé à outrance.


Le film se sert de son protagoniste comme d'un électron libre, un élément perturbateur jubilatoire à la fois totalement intégré et en parfait décalage avec les archétypes "de la haute" qu'il côtoie. Immergé dans ce biotope bourgeois, ce dernier va bousculer cette faune de par sa logorrhée dévastatrice. Le réalisateur fait ainsi ressortir les aspérités les plus saillantes de sa satire aristocratique.


En effet ce personnage décomplexé heurt de par sa verve un entre soi qui n’en a pas l’habitude. Triturant sans cesse les codes emphasique d'une bienséance ridicule, "La grande Belleza" se démarque de par l'intelligence de son écriture et des dialogues ciselés qui sont la genèses de séquences au comique efficace et dénué de gratuité.


Parfaitement honoré par un Toni Servillo au sommet de son art, interprétant de son jeu protéiforme: l'orgueil, la mesquinerie, le désintérêt, l'amusement, la peine mais surtout la fragilité d'un homme en quête perpétuel de beauté, avec une justesse saisissante.


Conjuguant forme splendide et fond corrosif le métrage étend ses réflexions bien au delà du simple essaim mondain, sondant plus globalement l'inspiration en berne d'un artiste placé ici comme anthropologue d'une société d'ont les convenances qu'il lorgne sont éminemment grossières.

"La Grande Belleza" est par conséquent un film riche et brillant qui déboussole son spectateur de par ses entreprises originales mais parfaitement jubilatoires.



Dimitri-Biscuit
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le 26 mars 2024

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