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Que ce film existe n’est pas en soi particulièrement alarmant, c’est même plutôt drôle en fait. Ce qui est alarmant, c’est bien davantage ces cohortes de cinéphiles qui déclarent trouver ici quelque chose de tout à fait épanouissant pour les mirettes, un film qui serait certes loin d’être extraordinaire mais qui offrirait, semble-t-il, un souffle nouveau dans le blockbuster, bien au dessus des débilités cosmiques de Michael Bay et autre Roland Emmerich. Ça c’est alarmant.


A croire que certains ont troqué leurs yeux contre une haine dévouée au cinéma idiot, celui qui, sous sa fidèle bannière étoilée, renouvelle sans cesse l’art de tout faire sauter. Ces cinéphiles doivent trouver dans La Grande Muraille une providence, celle de pouvoir enfin aimer un métrage à l'encéphalogramme plat sous l'étendard de la folie sans limites, et dans leur euphorie enfin libérée, oublient d’emblée d’apporter quelconque jugement serein et posé aux cascades ingrates qui s’écoulent devant leurs yeux improbablement reconnaissants. Parce-que La Grande Muraille est un film ingrat, immonde, affreux. Tout y est moche, mal écrit, mal pensé, il n’y a dans ce résidu pas la moindre parcelle de créativité, pas une once de franchise, pas l’ombre d’un quelconque enthousiasme.


Produit test voué au calcul savant de la température du public, on plonge l’horreur hybride dans les salles obscures pour évaluer les réactions du monde entier devant ce grand mélange proprement indigeste. Parlons un peu de ce qu’on retient de beau devant ce divertissement du renouveau. Des décors absolument magnifiques qui vous rappellent la belle époque où vous jouiez à Myst sur ce gros cube gris qui vous servait d’ordinateur, des créatures particulièrement bien conçues, elles aussi issues d’un monde vidéo-ludique qui sent encore ces consoles qu’on devait percher sur le flanc dans l’espoir d’une partie, des répliques finement ciselées qui vous replongeront dans les meilleures heures de Jesus II Le Retour, des acteurs impliqués dont la présence est telle que je vous mets au défi de retenir leur nom ou même leur rôle une heure après le film. Il y a là dedans tout ce qu’on peut trouver de pire dans ce genre de réalisation, tout y est tiède, fade, sans imagination, les personnages n’ont pas le moindre intérêt, les voir crever déchiquetés par des monstres mal faits ne vous causera aucune émotion. Il n’existe aucune prise de risque là dedans, aucun excès réel non plus, on trouve ici tout l’appareil des blockbusters états-uniens, répliques ironiques et attitudes poseuses raz la gueule mêlé à tous les codes classiques du blockbuster chinois actuel, images numériques infâmes et cosplays dégueulasses, entre les armures criardes et les mèches de cheveux laquées, on se situe quelque part entre Keanu Reeves dans les stupidités dénaturées de 47 Ronins et Andy Lau perdu au milieu des excès numériques de Detective Dee, et c’est à croire qu’il n’en fallait pas plus pour faire crier les esthètes de notre beau monde à la nouveauté rafraîchissante.


Et arrêtez de dire que ce film est mieux que le Dernier Samouraï parce que son réalisateur s'appelle Zhang Yimou, ça n'a aucun sens. Déjà, le comparer au Dernier Samouraï n'a aucun sens.


Sur le papier ça me plaisait. Y avait une muraille et des monstres derrière, ça sonnait comme King Kong, ça intriguait comme Attack on Titan, à l’arrivée y a ce truc sans consistance, particulièrement vide de toute franchise, de toute originalité, forgé dans un creuset commercial, comme un échantillon test pour un marché naissant. Un film hybride et vérolé où l'on sacrifie tout à l'action directe, perpétuelle, sans souffle, bardée de fausse audace et sans la moindre histoire, un film éclair, mort né dans sa nécessité d'aller vite, d'accumuler coloris-ralentis-CGI, de ne pas laisser le temps de penser, un film qui n’a rien à dire, rien à raconter, rien à montrer et qui se contente d’enchaîner les couleurs qui bougent pour hypnotiser les assoiffés de grosses productions molles du bulbe qui n’osent plus apprécier les habituelles têtes de façades de cinémas.


Reste que tout ça se prend foutrement au sérieux, chose qu’on n'ose plus trop dans le cinéma strictement hollywoodien, et que quelque part, ça contribue à l’aspect particulièrement drôle de quelques-uns des passages du film. Rien que l’arrivée des deux personnages occidentaux au royaume des Power Rangers, il fallait un courage d’exception pour l’exposer avec autant d’assurance et de franche gravité. Le saut à l’élastique, les gros ciseaux, les ralentis sur la moindre lame volante, le discours sur la confiance, l'échange à base de "nous ne sommes pas pareils", les monstres-boucliers avec leurs gros rictus pas content qui vérifient les petits sbires avant de les laisser voir la reine, les armures éclatantes de milles feux, la tête de Matt Damon… Tout ici confine à la plus belle définition du nanar, “la tentative ratée”, et tout porte pourtant à croire que cette tentative ne sera pas si ratée que ça finalement… C’est effrayant.

zombiraptor

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