On connait surtout Jan Svankmajer pour ses fantastiques courts faits en stop motion. Mais avant de devenir un génial bricoleur (quelque chose comme le père spirituel de Michel Gondry), Svankmajer était un maître marionnetiste. Aussi ce Faust concentre tout son savoir-faire et son esprit d'homme de théâtre : c'est quasiment sans aucun dialogue qu'il adapte ici le classique de Goethe !
Animations avec trois bouts de ficelle, effets spéciaux maison, marionnettes, voilà un réalisateur qui ne manque ni de talent ni d'imagination, même si parfois le film fait un peu fauché.
Mais le tout donne souvent un sentiment de sketchs mis bout à bout. Une certaine confusion aussi je dois admettre, et quelques longueurs malgré la durée relative du métrage.
Clairement Svankmajer a un grain, et cette folie douce s'exprime parfaitement dans ses courts. Son mérite est aussi de ne pas avoir trop de respect pour le roman de Goethe et d'y infuser sa propre énergie, sa propre griffe. Mais le film a la force et aussi les limites des surréalistes. On est souvent surpris, parfois époustouflé, régulièrement perdu.
Aussi différente et originale que soit cette nouvelle adaptation de Faust (il n'est pas le premier et pas le dernier, Murnau, Sokurov, etc), on peine à s'intéresser tout à fait, 1h37 durant, à cette version (diaboliquement) nerveuse et exigeante.