Un couple, Charles et Ann Ward (Vincent Price et Debra Paget), arrive dans la ville d’Arkham afin de prendre possession de leur héritage : la maison de l’ancêtre de Charles Ward, Joseph Curwen (Vincent Price), un homme brûlé vif 110 ans auparavant pour sorcellerie. Rapidement, les Ward s’attirent la haine de la population locale, qui craint de voir ressurgir le mage Curwen à travers son descendant Ward et s’accomplir la malédiction qu’il a lancée sur le village avant de mourir. Cela n’inquiéterait en rien Ann Ward, si elle ne voyait tout-à-coup son mari se conduire de fort étrange manière…
Après une adaptation fantaisiste du Corbeau d’Edgar Poe sur le ton de la comédie, le duo Roger Corman/Vincent Price laisse complètement Edgar Poe de côté pour adapter une nouvelle d’H.P. Lovecraft, L’Affaire Charles Dexter Ward. Hormis deux occurrences d’un poème de Poe pour habiller le récit et ne pas perdre son spectateur, c’est donc du pur Lovecraft auquel nous convie Corman, et cela se ressent dans l’atmosphère, peut-être la plus tendue qu’on ait vue chez le réalisateur.
En effet, son faible budget lui donne l’occasion de créer une ambiance fantastique oppressante toute en suggestion, qui reprend les codes classiques des adaptations de Poe précédentes, en y ajoutant un mystère lovecraftien d’autant plus épais qu’il monte très progressivement en tension sans jamais éclater. C’est d’ailleurs là que le film révèle ses limites, car prenant le temps comme jamais d’installer son univers narratif, Corman donne l’impression qu’il tourne un film qui n’est que l’introduction d’une longue saga fantastique, et l’on s’attend presque, au moment du générique, à voir une mention "A suivre…", qui, malheureusement, n’arrive pas. En l’état, La Malédiction d’Arkham, grâce à son atmosphère extrêmement travaillée, à son casting efficace, et à sa belle partition signée Ronald Stein, n’en est sans doute pas moins un des meilleurs films de Corman que j'ai vu à ce jour.