En 1968, Jean Eustache retourne dans sa ville natale, Pessac, en Gironde, afin de filmer la rosière. Qui est une tradition datant de 1896 où le maire et ses élus choisissent parmi les jeunes femmes de la ville celle qui est la plus vertueuse. En l'occurrence, pure, catholique, dévouée à son mari et aux tâches ménagères de la maison, en gros une fille parfaite pour les standards de l'époque.
Une certaine Agnès va être choisie, et elle va être l'objet d'une fête faisant penser à un mariage officieux, avec fête dans la ville, cérémonie à l'église avec une robe de mariée, hommage aux anciennes rosières, jusqu'à la soirée.
Eustache ne prend pas parti sur les raisons de cette fête, il la filme telle quelle sans jamais intervenir, à la manière d'un reportage, et il est évident qu'avec des décennies de décalage, ça a de quoi décontenancer de subjectiviser ainsi une jeune femme, montrée comme un trophée qu'on va exhiber durant une année pour les activités sur Pessac, d'où sans doute son regard un peu crispé, car le maire tient à la différencier des Miss (France), en disant qu'il n'y a qu'une seule rosière. D'ailleurs, cette fête s'est achevée en 2014 sur pression d'associations féministes. Bien que ça ne dure que 65 minutes, il y a quelque chose de captivant dans tout cela, vestige d'une France préhistorique, avec une très belle scène où la rosière doit remettre un petit panier de fraises aux précédentes lauréates, et on va finir sur la plus ancienne détentrice du titre, alors âgée de 92 ans, toujours aussi alerte, et dont on comprend qu'elle a été elle-même rosière... en 1901 ! Il y a quelque chose de vertigineux dans tout cela, et Eustache filme ça avec respect, sans prendre les personnes filmées à parti. Ce qui explique peut-être qu'il y aura une sorte de suite en 1979.