Ce qui est frappant dans le film et ce que j'ai fini par trouvé très réussi, c'est de réaliser à quel point, excepté l'héroïne complètement atomisée, tous les personnages sont dans le fond imblairables et de sinistres cons, hypocrites, obséquieux et faussement bienveillants.
Les profs adeptes des messes basses, des oui-dire à la con, des commentaires débiles (l'autre abruti qui reproche à la meuf d'avoir filmé avec son ordinateur le vol qu'elle allait subir, en parlant de "droit à l'image", c'est tellement réel d'être confronté à une palanquée de crétins qui jouent aux apprentis juristes dans ce type de milieu - c'est pareil en milieu médical - ça me donne des boutons).
La direction jamais ancrée dans le réel, juste dans le technique, la gestion, le fonctionnel amputé de toute empathie.
Les parents d'élèves insupportables, donneurs de leçons, atteints de melonite aigüe, mon fils c'est le plus beau, c'est le meilleur, blablabla.
Les élèves, têtes à claques de l'enfer, odieux, menteurs, manipulateurs, fayots, constamment hypocrites.
Et ben tout ça c'est réel et je trouve que c'est rudement bien fait.
Alors la question fondamentale qui me taraude : Est ce que le cadre scolaire (mais ça vaut pour tout autre cadre, on pourrait penser au cadre hospitalier, judiciaire, au monde de l'entreprise privée en général) génère ou révèle la connerie ?
Est-ce qu'on peut dire que globalement les gens sont intrinsèquement cons, autrement dit des "cons latents", ou c'est le cadre à haut potentiel toxique qui les transforme en cons, autrement dit des "cons induits".
Les deux thèses se tiennent et doivent se recouvrer (reste à connaître la proportion scientifique entre cons latents et cons induits).
Ce qui est fascinant c'est que dans un système dysfonctionnel, la connerie est valorisée, et ce sont les personnes nuancées, qui essayent d'être intelligentes, prudentes, vertueuses qui deviennent suspectes. Typiquement le cas de l'héroïne du film qui essaye constamment de ramener de la rationalité, du calme, mais qui ne pourra jamais freiner le système.
La connerie devient un moteur de fonctionnement qui peut gripper et véroler les individus. Transformer des gens intelligents en cons induits, qui vont finir par raisonner de manière binaire, bêtement procédurale, paranoïaque, agressive, à cause de la pression constante, parce que tout est jugé, tout est instrumentalisé.
Et autre paradoxe, plus les intentions sont nobles, et plus on débouche sur une violence insondable.
Alors dans une école, où en plus l'enjeu est lié aux gosses qui sont par nature sacralisés, on sombre dans la plus pure des conneries.
Si on ajoute au cocktail des enseignants sous-valorisés (cela dit les enseignants survalorisés posaient d'autres problèmes parfois plus graves encore), des parents surinvestis, une direction lâche, on peut aboutir à quoi de bon ?
Je me demandais si le film serait un peu pépère façon téléfilm allemand, mais en fait pas tant que ça, et je trouve que c'est quand même couillu de restituer cette réalité qu'on doit être nombreux à percevoir dans notre for intérieur.
Le monde de l'école, et plus généralement le monde du travail est une angoisse permanente, mais surtout : on est cerné de cons, avoir cette lucidité permet d'essayer (ça ne veut pas dire réussir) de se prémunir d'en devenir un à son tour, mais à quel prix ? Finir broyé par le système ?
C'est le risque constant. Le vrai dilemme.
(A noter la critique de l'homme-grenouille qui soutient que le film n'a aucun sens en se concentrant spécifiquement sur la narration, et c'est bien argumenté https://www.senscritique.com/film/la_salle_des_profs/critique/302715997 )