Bon, les aminches, on va pas tourner autour du zinc. José Giovanni, c’est pas un perdreau de l’année quand il s’agit de causer du mitan. L’ancien taulard devenu plumitif puis metteur en scène connaît la boutique. Et pour ce polar-là, il s’est payé un joli trio : Jean‑Paul Belmondo, Claudia Cardinale et le mastard Michel Constantin. Sur le papier, c’est du lourd. Dans la salle… c’est un peu plus bancal.


Giovanni, faut être franc, c’est pas Henri‑Georges Clouzot ni Jean‑Pierre Melville côté caméra. Le bonhomme pense surtout écriture et ambiance, pas chorégraphie visuelle. Du coup, la réalisation reste assez carrée, parfois même un peu plan-plan. La première moitié du film fonctionne plutôt bien : on est dans le récit de cavale et d’amitié virile, avec un parfum de fatalité. Ça roule, ça cause sec, ça cogne quand il faut. Mais dans la seconde partie, le moteur toussote. L’histoire devient plus confuse : les objectifs des personnages sont pas toujours limpides, les enjeux se diluent, et le montage donne parfois l’impression qu’il manque des morceaux du puzzle. Résultat : le spectateur se retrouve à suivre la combine sans toujours piger où les gars veulent en venir.


Heureusement, les comédiens tiennent la baraque. Jean‑Paul Belmondo cabotine un peu mais reste un sacré moteur d’écran. Il joue le dur au cœur tendre avec sa gouaille habituelle. Michel Constantin apporte son côté bloc de granit : peu de mots, mais une présence qui impose le respect. Claudia Cardinale, magnifique comme toujours, donne une touche de tragédie et de sensualité au milieu de cette bande de lascars. Et puis derrière, il y a toute une galerie de gueules qu’on voyait partout dans les polars des seventies : ces seconds rôles capables de donner du relief à une scène en deux répliques.


Curieusement, c’est un film de truands presque sans police. Le monde tourne uniquement autour de la pègre. Ça donne une atmosphère un peu à part : un univers fermé où les voyous vivent entre eux, règlent leurs comptes entre eux, comme si les cognes n’existaient pas. Du coup, par moments, le film prend presque des airs de comédie de malfrats, malgré son fond tragique.


La partition de François de Roubaix est une vraie réussite. Le thème principal est un de ces airs qui vous restent dans la caboche longtemps après la projection.


Le film est tiré du roman La Scoumoune, écrit par Giovanni lui-même. L’histoire s’inspire en partie de ses propres années dans le milieu et en prison, ce qui explique l’authenticité des dialogues et des situations.


Après le succès de "Le Trou" et surtout "Classe tous risques" (scénarisé par Giovanni), Belmondo avait beaucoup d’estime pour l’écrivain et voulait refaire un polar avec lui. 


Dans les années 70, Michel Constantin était quasiment la mascotte du polar français. Sa carrure et sa voix rocailleuse en faisaient le partenaire idéal des histoires de truands.


Giovanni avait tendance à filmer les voyous avec une certaine tendresse, presque comme une fraternité d’hommes perdus. C’est un trait qu’on retrouve dans plusieurs de ses films, notamment dans Deux hommes dans la ville.

Monsieur-Chien
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le 12 mars 2026

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