Une histoire terrible et banale, celle d'un petit village envahi par les uniformes et vidé de ses habitants par la peur. Après, commence un parcours initiatique pour un frère et une sœur séparés de leurs parents ( qui engendre un débat sur l'immigration dans les parlements des pays voisins, je présume, mais ça a le bon goût de rester hors champ, jusqu'à ce qu'on allume la télé...). La peur, la solitude, les dangers, le froid, la prédation mais aussi la solidarité, voilà ce qui attend l'être humain qui laisse tout derrière lui et se lance dans l'inconnu. Il s'agit ici d'un conte, et il y a la possibilité d'une fin paisible, mais on tremble malgré tout pour tous ces enfants envoyés sur les routes, faciles à repousser quand ils n'ont aucun visage ( "le droit est tout à fait clair en la matière, c'est le port le plus proche qui doit les accueillir"... oui, tiens, bonne idée, une petite déclaration bardée de légalité, ça tiendra lieu de boussole humanitaire...). Bref, une histoire difficile à séparer de l'actualité, d'autant qu'on comprend que les dessins qui rappellent les premiers portraits de Picasso sont ceux de la grand-mère de la réalisatrice, consignés dans un carnet qui tient un rôle central dans la narration. Cela ne pouvait que me plaire. Dans son cas, il s'agissait de fuir l'Ukraine où les Juifs étaient persécutés, tandis que le film reste vague sur la localisation et l'époque de l'action, et c'est une bonne chose. Dès qu'on particularise, on éloigne un peu des préoccupations générales des gens. Y'en a forcément des qui trouveraient que le fait que ça frappe une famille juive, ça les place à l'abri d'exactions commises à leur encontre... si y'en a bête ! Mais bon, la démonstration va a son terme dans cette histoire où les personnages oscillent entre le Bien et le Mal, finalement, et sont poussés par les circonstances à faire des choix terribles, pour leur propre survie. La jeune fille, quant à elle traverse tout cela dans une sorte de pureté fondamentale, qui lui attire l'aide de ceux qui sont touchés par cette intégrité presque surnaturelle, que ses dessins retranscrivent de manière éloquente. Un joli parti pris, donc, qui milite pour l'art et la compassion. J'ai été un peu moins emballée par les couleurs et les choix artistiques, même si la peinture sur verre se révèle plutôt fertile pour rendre certaines textures, comme les cheveux. Les paysages sont par contre carrément épais, mais bon, ça ne tue pas la narration, je ne vais pas faire la fine bouche.