Les tués de la Grand Guerre ne se sont pas arrêtés de mourir le 11 Novembre 1918
Je ne connaissais pas Tavernier sans Aurenche avant de lancer "La Vie et rien d'autre". Je découvrais alors Tavernier et Cosmos, avec Noiret tout de même, histoire d'avoir quelques repères.
A son habitude, le cinéaste raconte de grands événements de l'histoire par une narration cynique de faits oubliés. La Grande Guerre est ici dépeinte par ses dommages collatéraux ayant suivi l'armistice. Ses tués ne se sont pas arrêtés de mourir le 11 Novembre 1918.
Ses tués, oui. Mais pas seulement. Et toutes ses veuves alors ? "Des morts, j'en connais mille, mais moi, moi je suis en vie !" crie l'un des survivants à qui aucune femme ne veut s'intéresser. Elles cherchent encore leurs maris, leurs fiancés, leurs amants. Les aiment-elle encore seulement ? Quand Noiret, en génial commandant à la recherche des disparus, essaye lui aussi de s'intéresser aux vivantes, il se retrouve face à un impossible. Il a besoin de ses morts, de ses non-identifiés qui font son quotidien.
Et ses monuments aux morts ? Tous les villages veulent le leur, même s'ils n'ont perdu personne. Et son petit garçon qui perd son père à cause d'une bombe qu'elle a laissé dans son champs ? Et son soldat inconnu ? Mort pour la France : oui ! Mais il ne faudrait pas qu'il soit étranger !
Ainsi Tavernier nous présente le rapport au deuil et ses multiples visages, sans jamais nous montrer les morts de façon explicite. Ils sont soit des souvenirs, soit cachés dans l'argile, soit des bruits d'explosion. Malgré toute cette horreur, il ne faut pas oublier que l'avenir se fera sans eux. Les survivants ont des attaches qu'ils doivent laisser au passé. Que leur reste-t-il alors, aux éclopés physiques et mentaux ? La vie, pleine d'espoir et d'amour à saisir. Et rien d'autre.