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Une enfant de Gaza
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le 2 oct. 2025
À travers la voix de Hind Rajab, c’est la problématique du dicible et de l’indicible qui nous est posée. En effet, l’actualité nous expose aux mêmes difficultés que celles auxquelles se confrontèrent les voix de Mandelstam, Ceylan, Bachmann, Darwich, Hammouri… Jamais la dignité qu’on prête au silence ne saurait être satisfaisante. Il est des voix — notamment celle de l’enfance — qui ne sauraient être tues. C’est ce que semble nous crier, dans un premier temps, la voix de Kaouther Ben Hania.
D’aucuns opposeront l’indécence et la mauvaise qualité du projet. Je leur répondrai que la politesse n’est pas un argument et que faire un « bon film », en la circonstance, eût été indécent.
Dans un deuxième temps, j’ai cru entendre Hanood me poser une question simple, à laquelle je n’ai pas su répondre tout de suite : « Qui es-tu ? Un simple consommateur là pour te repaître en bons sentiments et arguments moraux ? Un indifférent qui fond ma voix dans la banalité du réel ? »
Après que le film eut fini son travail, j’ai finalement trouvé ma réponse. Peut-être suis-je un simple consommateur, mais je suis surtout celui en qui demeure l’enfant qui préservera au creux de sa voix la tienne. La présentation ci-après livre mon expérience. Quant à la notation, elle ne saurait prétendre à une quelconque évaluation sur un objet qui — selon mon ressenti — interroge nos valeurs.
Dans la partie supérieure de l’affiche, on nous dit que c’est “le film de la décennie”. Il aura fallu à ces enregistrements traverser toute la machine commerciale pour parvenir jusqu’à l’ouïe du consommateur.
Je m’installe dans un fauteuil sans très bien savoir ce qui m’attend ; je n’ai lu aucun commentaire au préalable, sinon celui de l’affiche, grâce à laquelle je découvre ce film. La séance s’ouvre, le film commence et nous informe dès le générique de quoi il retourne.
Les acteurs du dispositif et la reproduction d’un centre d’appels, fixent le cadre sur lequel sont tendus les enregistrements.
Sur la toile des enregistrements un motif apparaît, une voix hors champ; la voix d’Hanood.
Dès les premières intonations — et nous sommes biologiquement façonnés pour cela — c’est le film lui-même qui passe hors champ. Émotionnellement, bien des chemins s’offrent à vous, mais cela ne concerne que vous. On est seul dans l’obscurité avec la générosité de l’enfant, qui nous dit toute l’impotence et l’indécence. Peu importe le lieu, la date et l’heure, ça fait déjà trop longtemps que des voix d’enfants se perdent en vain, dans le vacarme silencieux de l’histoire contemporaine. La voix unique d’Hanood, non contente de venir couronner une liste trop longue, a la singularité de s’inscrire dans un événement qui dévoile désormais le poids des contradictions, nous rappelant à nous-mêmes. Et aussi sûr que seule l’enfance a la capacité d’énoncer la vérité, elle vous dira très exactement qui vous êtes.
Avec la circonspection cruelle, du lépidoptérophile qui épingle un papillon, sur la banalité du cadre, Kaouther Ben Hania dépose le témoignage d’une voix. La trace d’Hanood, qui dans l’obscurité résonne comme autant de mains en incarnat, sur les parois rupestres de l’Au-delà, dira qui nous étions, qui nous sommes.
Les efforts renouvelés d’une enfant, pour tendre à l’horizon ce qui fut l’avenir, requièrent - à votre disposition - l’écho de nos consciences.
Est-ce un film ? Est-ce une guerre ? Est-ce une bombe ? Non.
Juste la voix d’une enfant brisant le cœur de la honte — avec infiniment plus de courage qu’il n’en fallut de folie aux chars pour la briser.
Restent une mère et un frère.
Restent une industrie qui fait feu de tous bois.
Restent les dieux qui prescrivent le pardon mais jamais ne le pratiquent.
Reste la voix de Hind Rajab
Créée
le 28 nov. 2025
Modifiée
le 7 déc. 2025
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