Lady Bird semble être un film très simple.
C’est précisément ce qui rend sa réussite si difficile.
Il n’y a pas de grande intrigue, de mystère ou d’aventure extraordinaire. Il y a une adolescente qui termine le lycée, se dispute avec sa mère, change d’amis, découvre ses premiers sentiments, se trompe, cherche à comprendre qui elle veut devenir et rêve de quitter Sacramento.
Rien d’exceptionnel.
Et pourtant tout est important.
Greta Gerwig comprend parfaitement qu’à cet âge les choses les plus petites peuvent occuper tout l’univers.
Christine décide de se faire appeler Lady Bird parce que même son nom lui semble être quelque chose qu’elle devrait pouvoir choisir. Elle veut étudier loin. Elle veut appartenir à un autre monde. Elle veut devenir quelqu’un avant même de savoir vraiment qui elle est.
Saoirse Ronan est merveilleuse.
Elle ne joue jamais une adolescente idéalisée. Lady Bird peut être charmante et égoïste, drôle et blessante, sûre d’elle pendant un instant puis complètement perdue quelques secondes plus tard.
Elle est contradictoire.
Comme une vraie personne.
Gerwig ne cherche pas à la rendre constamment sympathique et ne la juge pas lorsqu’elle se trompe. Elle observe simplement une jeune fille de dix-sept ans essayer différentes identités pour découvrir laquelle lui correspond réellement.
La relation avec sa mère constitue probablement le cœur du film.
Laurie Metcalf est exceptionnelle.
Mère et fille peuvent passer de la tendresse au conflit en une seule phrase parce qu’elles savent exactement où toucher l’autre. Elles s’aiment profondément et, précisément grâce à cette proximité, peuvent aussi se faire énormément de mal.
Gerwig comprend quelque chose de très juste : dans certaines familles, amour et conflit ne sont pas opposés.
Ils coexistent.
La mère voit une fille qui doit encore être protégée.
Lady Bird voit une mère qui l’empêche de devenir celle qu’elle imagine.
Toutes les deux ont raison.
Toutes les deux ont tort.
La question de l’argent est également traitée avec une grande finesse. Lady Bird a honte de sa maison, de son quartier et de ce que sa famille ne peut pas s’offrir. Elle regarde les maisons des autres et imagine la vie qu’elle pourrait y avoir.
Aucun grand discours social n’est nécessaire.
Tout est dans une conversation.
Dans un mensonge.
Dans le désir de faire croire que l’on vit ailleurs.
C’est une écriture remarquable.
Les amitiés et les premiers amours sont tout aussi justes. Personne n’apparaît uniquement pour donner une leçon de vie à Lady Bird. Des gens arrivent, deviennent essentiels pendant un moment puis cessent parfois de l’être.
Comme dans la vie.
Et tout cela tient en à peine plus d’une heure et demie.
Presque rien n’est inutile.
Gerwig coupe les scènes là où d’autres réalisateurs continueraient encore à les expliquer. Elle fait confiance à un regard, un geste ou un raccord. Le montage transforme de petits fragments en l’impression d’avoir vécu une année entière avec cette jeune fille.
Sacramento devient également essentiel. Lady Bird veut fuir cette ville pendant presque tout le film. Elle représente pour elle ce qui est petit, connu, limité.
Puis elle découvre quelque chose de très beau : parfois, on ne comprend combien on aime un endroit qu’après l’avoir quitté.
Sacramento n’a pas changé.
C’est elle qui a changé.
C’est peut-être aussi cela, grandir.
Comprendre qu’une partie de ce que nous voulions fuir faisait également partie de nous.
Lady Bird raconte le lycée, une mère et sa fille, l’amitié, l’argent, les premiers amours et une adolescente qui veut quitter sa ville.
Rien de nouveau.
Et pourtant rarement cela aura été raconté avec autant de justesse.
Sans artifices.
Sans grands discours.
Avec une simplicité qui paraît évidente.
Mais qui ne l’est absolument pas.
C’est tellement simple que cela semble facile.
Et tellement bien fait que cela devient parfait.