Sur une route du Kansas, deux voitures font la course. L'une d'elles, où se trouvent trois jeunes femmes, tombe accidentellement dans la rivière. La seule survivante est une organiste nommée Mary Henry (Candace Hilligoss). Cette dernière quitte ensuite la ville et se rend à Salt Lake City, où elle a été engagée pour jouer dans une église. Tout en conduisant, elle aperçoit fugitivement un fantôme blême qui la fixe des yeux en souriant. Une fois arrivée à destination, Mary loue une chambre d'hôtel mais l'inquiétante vision continue à la poursuivre où qu'elle aille. Parallèlement, la musicienne se sent mystérieusement attirée par un parc d'attraction abandonné...
Sorti en 1962, "Le Carnaval des âmes" est l'unique long-métrage d'Herk Harvey qui interprète également le fantôme. D'abord passé inaperçu, ce film fantastique en noir et blanc est progressivement devenu une oeuvre culte. Dépourvues de dialogues, les scènes les plus mémorables sont celles se déroulant dans le parc désaffecté. Grâce à une splendide photographie et une réalisation inventive, Harvey parvient à instaurer une atmosphère onirique et envoûtante. Cet enchantement visuel et la nature aussi minimaliste qu'énigmatique de l'intrigue ne sont pas sans rappeler "L'année dernière à Marienbad", sorti l'année précédente. La personnalité asociale, voire un peu névrosée, de la protagoniste ajoute au caractère ambigu du scénario. Celui-ci offre plusieurs niveaux de lecture et certains points incohérents (même en tenant compte de la "révélation" finale, à laquelle le spectateur s'attendait) restent volontairement sans réponses. Seul bémol : les parties dialoguées sont globalement moins réussies et affaiblissent l'ensemble. Au final, "Le Carnaval des âmes" est d'une valeur inégale mais fait partie de ces OVNI cinématographiques ayant marqué l'histoire du 7ème Art. Cette œuvre novatrice a inspiré de nombreux réalisateurs et conservé son charme étrange.