De quoi ça parle ? Dans un style qui se rapproche de grands documentaires animaliers à succès, tels que Microcosmos : le Peuple de l’herbe (1996), ou Le Peuple migrateur (2001), Le chant des forêts est une ode à la nature vosgienne - mettant à l’honneur les locataires habituels de la forêt (cerfs, oiseaux, renards, etc.) et posant sur le paysage un regard presque pieux. Le parcours est organisé autour de la transmission qui s’opère entre trois personnages, le grand père Michel, naturaliste, le fils Vincent, auteur du film, et le petit dernier de la couvée, Simon. On suit donc ces trois passionnés vivre de longs moments statiques, au plus profond des bois, armés de leurs jumelles et appareils photos à téléobjectifs. Le périple les pousse jusqu’en Scandinavie pour une brève incursion qui leur permet d’admirer la panthère des neiges, et un animal étonnant, le Grand Tétras, sorte de gros coq sauvage qui a peu à peu déserté les forêts françaises dans l’indifférence quasi générale.
Qui ? Vincent Munier, photographe animalier né en 1976, est bien connu pour ses expositions et livres poétiques sur la nature. Avant ce long-métrage, il a déjà donné trois films dont le succès La Panthère des neiges (2021).
Comment ? Le chant des forêts a cette originalité, dans le genre bien codifié du documentaire animalier, d’éviter le registre pachydermique du mélodrame écologique. Certes, la nature et les espèces sont en danger, certes les forêts se dépeuplent, certes l’effondrement guette, mais certains hommes sont toujours là, tels des vigies, pour contempler le spectacle féérique de la faune et de la flore. Si la morale de la transmission générationnelle de cette passion, quasiment religieuse, est un peu lourde, elle vient surtout soutenir un humanisme sincère. L’autre grande qualité du Chant des forêts est de cultiver un certain minimalisme, et - en somme - une sorte de sobriété… les animaux, qui paraissent parfois bien familiers, se méritent et ne sont visibles que brièvement après de longues périodes d'affût, la forêt est souvent bien silencieuse et n’envoie que quelques signaux cryptiques. Munier rend justice aux animaux, mais plus encore aux paysages. C’est à mon sens la première fois que l’on filme aussi bien la brume qui s’arrache, au petit matin, des cimes des arbres, tel un voile transparent.
On regarde ? Pourquoi pas. C’est lent, mais pas très long (environ 1h30). On peut y aller avec un vieux mystique de la famille qui est extatique devant le spectacle des libellules, ou avec le petit dernier qui pense que la nature est essentiellement quelque chose qui se mange.
François-Xavier Ajavon (Dayfornight77) sur Senscritique.