La Chant des forêts n’est jamais aussi puissant que lorsqu’il se tait lui-même et adopte la simple et belle observation de l’invisible, nature crépusculaire saisie à un moment de transition entre le souvenir des espèces et leur disparition généralisée. Vincent Munier compose une œuvre spectrale et trouve dans la photographie un support privilégié pour capturer ces paysages hantés par l’absence qu’il faut repeupler par la patience : les longues minutes d’attente, la création d’un suspens autour du grand tétras que recherchent deux générations ainsi rapprochées – l’une parce qu’il est animal totem, l’autre parce qu’il est constitutif d’une initiation –, les plans fixes dessinant les contours d’un écrin où la magie va opérer là, sous peu, peut-être.
À l’instar de Tarde de soledad (Albert Serra, 2025), autre documentaire lui aussi remarquable, le cinéma tient ainsi dans cette quête de l’apparition, chasse aux fantômes à l’origine d’une esthétique que le réalisateur n’impose pas mais qui découle de la vie de la nature : les fondus enchaînés superposent de prime abord les niveaux de réalité, brouillant nos repères tel un rituel nécessaire avant la contemplation d’une œuvre délicate et engagée qui brosse le portrait d’un père et d’un fils entre lesquels se situe Vincent Munier. Les enseignements de l’un, les chamallows et les mangas de l’autre, sans jugements aucuns, reliés par un éloge des pouvoirs régénérateurs et régénératifs de la forêt ancestrale. Les nappes sonores de Warren Ellis, compositeur de La Panthère des neiges (2021), décuplent notre immersion au sein d’un espace situé entre le jour et la nuit, entre la vie et la mort, projection des histoires transmises dans la cabane familiale autour du feu. Un long métrage magnifique, malgré ses surlignages didactiques.