Après avoir lu le roman original, je revois avec plaisir l’adaptation. Et je constate que les deux œuvres ont autant de points communs que de différences criantes.
D’abord, Miyazaki aime profondément ses personnages, ça se voit. La sorcière des steppes n’est plus une marionnette manipulée par son démon du feu, elle est un vrai personnage consumé par sa soif de pouvoir et de reconnaissance qui finit… consumée. Pas morte, pas purgée de ses passions, mais consumée. Le chien n’est pas un traître — enfin si, mais il ne trahit personne. L’épouvantail est clairement amical et plein de bonne volonté. Mickaël devient un enfant, Miyazaki aime les enfants. Calcifer est devenu une mascotte adorable, tout démon qu’il soit (j’adore sa voix en Vo). Mais le personnage qui gagne le plus dans cette adaptation, c’est évidemment Hauru : Calcifer lui a pris son cœur, mais ça ne le rend ni lâche, ni volage, ni vain (sauf quand on touche à ses cheveux), ni manipulateur, ni capricieux, ni injuste, et on ne voit pas sa famille galloise qu’il néglige ; ça lui bouscule juste sa boussole morale et alimente sa soif de pouvoir. Et on comprend pourquoi Sophie tombe amoureuse de lui.
Ensuite, l’histoire du roman est un bras de fer entre les gentils (le roi, Soliman, Justin, puis Hauru et Sophie) et les méchantes (la sorcière des steppes et [SPOILER] son démon du feu), alors que le thème central du film, c’est évidemment la guerre, à la fois injuste et aveugle que le fruit du pouvoir démesuré. On sait peu sur elle (mais je ne trouve pas ça grave, toutes les guerres sont injustes), en revanche j’ai du mal à avaler que le retour de ce prince puisse sauver quoi que ce soit. Bref, cette histoire de guerre permet d’avoir une intrigue plus intéressante et surtout des personnages gris comme Soliman.
Ce que je regrette dans l’adaptation, c’est peut-être la disparition de la forteresse des steppes, j’aurais aimé voir la version diabolique du château ambulant et de Calcifer — mais c’est pas grave, le château ambulant est suffisamment cool et iconique à lui seul. Les deux familles de nos héros prennent cher, mais il faut faire des choix quand on adapte. Le pouvoir de la voix de Sophie n’est ni préparé, ni introduit, ni suggéré — le fait qu’elle puisse sauver Hauru et Calcifer tombe comme un cheveu sur la proverbiale soupe. Enfin, c’est un peu frustrant d’avoir un château qu’on ne puisse pas explorer (le roman précise bien que la seule réalité physique du château est la maison délabrée d’Hauru à Port-Havre, le reste étant une illusion conjurée par Calcifer).
Au delà de l’adaptation, la musique de Joe Hisaishi est enchanteresse au possible (ce qui est bien sûr un pléonasme). Et je suis contente que l’histoire finisse bien, mieux en tout cas que Nausicaä qui parle aussi de pacifisme et de guerre meutrière.
Bravo, comme d’habitude.