REVU EN BLURAY
Le cinéma italien a été immense. Il fut flamboyant, inventif, parfois audacieux jusqu’à l’insolence. Mais il était aussi stratège. Lorsque les États-Unis imposaient un genre nouveau et en faisaient un triomphe, les producteurs italiens s’en emparaient avec une rapidité presque instinctive. Ils appelaient cela le filon : suivre la veine porteuse, en explorer les promesses, parfois en révéler des nuances insoupçonnées.
Ainsi, Le Conseiller de Alberto De Martino s’inscrit dans le sillage du succès planétaire de Le Parrain de Francis Ford Coppola. L’influence est manifeste, mais l’œuvre ne se contente pas d’imiter : elle module, elle condense, elle imprime sa propre tonalité.
L’histoire se déroule aux États-Unis. Un avocat, homme de l’ombre au service d’un parrain, sort de prison. Éprouvé, désabusé, il aspire à rompre avec cette existence faite de loyautés troubles et de compromissions. Le parrain, contre toute attente, accepte son retrait. Mais dans les replis de l’organisation, tous ne partagent pas cette clémence. Et l’on devine bientôt que quitter la famille n’est jamais un simple départ, mais une fracture.
Le film avance avec nervosité, porté par une mise en scène tendue où les scènes d’action éclatent avec une brutalité sèche. La violence n’y est pas gratuite ; elle s’accompagne d’une mélancolie diffuse, presque crépusculaire. La musique de Riz Ortolani enveloppe le récit d’une gravité poignante, accentuant ce sentiment d’inéluctable déclin.
L’interprétation est remarquable. Martin Balsam compose un parrain vieillissant d’une grande humanité, fragile sous l’autorité. Tomas Milian, tout en retenue, incarne avec sobriété cet avocat brisé, tiraillé entre fidélité et désir d’émancipation. Face à eux, Francisco Rabal impose une présence menaçante, magnétique, en antagoniste implacable.
Au-delà de son ancrage dans un filon, Le Conseiller se révèle être une œuvre dense et sombre, un polar à la fois nerveux et mélancolique, qui mérite d’être redécouvert.