De Joseph H. Lewis, cinéaste de séries B sur trois décennies, j'aurais aimé pouvoir placer dans cette sélection de #600favoritefilms l'absurdement sous-estimé "Quatre jours d'angoisse" ("Desperate Search"), un étonnant drame/film d'aventures à double enjeu : d'un côté la survie et le sauvetage de deux jeunes enfants rescapés d'un crash d'avion dans une zone forestière difficile à survoler à cause du brouillard, de l'autre les relations entre leur père, patron d'une petite compagnie d'aviation, sa nouvelle compagne et son ex-femme pilote venue elle aussi participer aux recherches tout en essayant de récupérer le mari qu'elle aime toujours (en plus d'être une mauvaise "perdante"), sous les yeux de sa "rivale" involontaire qui ne pense quant à elle qu'au bien-être des gamins - un petit bijou quelque part entre Howard Hawks (pour le trio, les personnages féminins au caractère bien trempé et le sidekick mécano très hawksien), Steven Spielberg (les enfants perdus, les travellings avant sur les visages lorsque le danger survient, même la musique évoque par moments John Williams avant l'heure, c'est assez bluffant) et "La nuit du chasseur" (la survie des gamins livrés à eux-mêmes dans la nature sauvage et des décors parfois presque irréels).


Au moins j'en aurai dit deux mots, même si le sujet de ce post reste bel et bien "Gun Crazy", seul film véritablement connu et reconnu du cinéaste pour l'influence de sa mise en scène aux éclats bruts et réalistes (cf. le fameux plan-séquence du hold-up) sur le Nouvelle Vague (notamment "À bout de souffle") ou bien sûr Arthur Penn et par extension le Nouvel Hollywood à venir, "Bonnie & Clyde" devant beaucoup au film avec lequel il partage une histoire d'amour fou de deux inadaptés qu'une passion déraisonnée mènera au crime et à la tragédie (ici deux férus d'armes à feu, d'où le titre). Coécrit par Dalton Trumbo qui ne sera pas crédité pour les raisons que l'on sait, "Gun Crazy" impressionne surtout pour sa richesse contrastée, entre mélodrame romanesque et sécheresse de l'action, flashbacks psychologiques apportant profondeur et ambivalence au personnage principal et montage pulsionnel, scènes de studio et d'extérieur, le final presque onirique de la fuite dans les herbes hautes préfigurant "La balade sauvage" de Malick autant qu'il fait penser à Akira Kurosawa et au climax de sa "Légende du grand judo".


L'un de ces objets filmiques non identifiés pour lesquels l'étiquette pourtant malléable à souhait de "film noir" paraît presque trop étriquée.

Oh-Dae-su
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de 1950 et Mes 600 films préférés : #603 - # 551 (#600favoritefilms)

Créée

le 29 juil. 2026

Critique lue 3 fois

Oh-Dae-su

Écrit par

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur Le Démon des armes

Le Démon des armes

Le Démon des armes

8

guyness

le 5 déc. 2013

Suivre

La belle aux armes

-Il est toujours agréable d’avoir le choix dans la date- Ça fait déjà un bon moment que je ne peux regarder un film sans prendre au préalable connaissance de son année de sortie. Cette habitude,...

Le Démon des armes

Le Démon des armes

8

raisin_ver

le 14 juil. 2012

Suivre

Critique de Le Démon des armes par raisin_ver

Film du début des années 50, Le démon des armes n'est pas pour autant dépourvu de nombreux éléments qu'on retrouvait jadis dans les films pré-code Hays tout en réussissant le tour de force de rester...

Le Démon des armes

Le Démon des armes

7

candygirl_

le 24 août 2023

Suivre
Dernière modification

le 26 nov. 2024

L'amour en cavale

Libre adaptation de la courte nouvelle Gun Crazy, rédigée en 1940 par MacKinlay Kantor, le long-métrage Le Démon Des Armes est devenu culte au fil des années, malgré son échec commercial lors de sa...

Du même critique

La Fin d'Oak Street

La Fin d'Oak Street

6

Oh-Dae-su

le 13 août 2026

Suivre

Joliment hybride, mais pas suffisamment ?

J'avais envie de mettre un petit 7 en sortant de la séance, le lendemain c'est déjà passé à 6, ce qui n'est pas forcément très bon signe. Je pense à vrai dire qu'il ne me restera pas grand chose de...

L'Odyssée

L'Odyssée

9

Oh-Dae-su

le 21 juil. 2026

Suivre

Culpabilité et temps perdu

* Attention, ça va un peu (beaucoup ?) spoiler donc je ne vais pas m'amuser à tout masquer, enfin si tant est qu'on puisse spoiler "La bible" ou "Le seigneur des anneaux", en gros t'es censé...

Bunny Lake a disparu

Bunny Lake a disparu

9

Oh-Dae-su

il y a 3 jours

Suivre

Poupées de cendre (#600favoritefilms - #429)

Troisième mention déjà dans ce classement pour le grand Preminger, avec cette fois un long-métrage atypique pour lui (mais ne le sont-ils pas tous à leur manière ?), britannique et tourné à Londres,...