Un an avant L'assassin habite au 21, un autre roman de Steeman avait été adapté, mais par Georges Lacombe, Clouzot n'étant "que" le scénariste. On retrouve (ou découvre, selon l'ordre dans lequel on voit les deux films) le couple Wens-Mila Maliu, soit Pierre Fresnay et Suzy Delair. Hormis ce couple vedette, de toute la distribution du Dernier des six, seul Jean Tissier rempilera pour le second volet des aventures du comissaire Wens.
Avec un meurtre dont les motifs sont beaucoup bas et terre-à-terre que dans L'assassin habite au 21, l'intrigue est assez simplette et son retournement est, il faut bien dire, devinable dès la moitié du film. On pense bien sûr à un très très célèbre roman d'Agatha Christie, qui amène bien plus efficacement l'effet de surprise, mais comme le roman de Steeman était paru 8 ans avant, on ne peut pas l'accuser d'avoir pompé. De son côté, Agatha Christie a-t-elle lu Steeman ? Il y eu, en tout cas, une adaptation britannique de ce même roman, The Riverside, en 1935, par Albert Parker.
Des personnages et des acteurs moins hauts en couleur que le trio éblouissant Tisser-Larquet-Roquevert, une mise en scène un peu grandiloquente, un peu datée (le côté Rouletabille-Tintin de la poursuite dans la grotte et son dénouement), le film paraîtrait un peu terne sans le couple Wens Mila et leurs chamailleries. Quant aux scènes de music-hall, que certains trouvent plombantes dans le film, elles sont plutôt bellement filmées, très Broadway, mais plus imposées par la Continentale que l'aurait voulu le réalisateur. Si bien qu'il rompit avec le bébé cinématographique de Joseph Goebbels, et ce fut ainsi que Clouzot put tourner la suite… avec presque pas de music hall.
Évidemment bien moins célèbre et bien moins tordu, Le dernier des six est à voir comme une préquelle du chef d'œuvre de Clouzot, surtout pour le duo Fresnay-Delair.