Dino Risi nous représente un tandem - pour ne pas dire un trio avec la Lancia Aurelia - que l'on observe déambulant et interagissant avec d'autres protagonistes.
Une alchimie assez particulière va se créer entre le jeune timide Roberto et l’exubérant Bruno, entré dans l'âge mûr (juste l'âge...). Le plus jeune est sérieux à l'excès, ne faisant jamais de vagues. Il est consciencieux dans ses études, dans l'optique d'obtenir une stabilité professionnelle et donc de trouver sa place dans la moyenne bourgeoisie. L’aîné vit au jour le jour ("le meilleur âge de la vie est celui que tu as maintenant"), il se moque de ce que l'on peut penser de lui et s'il a envie de faire quelque chose, il le fait. Ainsi, durant le week-end qu'ils vont passer ensemble, il va peu à peu faire sortir Roberto de sa coquille.
On serait tenté de dire que le Roberto qui est en nous voudrait être Bruno, mais plus on connaît le personnage plus il ressort quelque chose de pathétique en lui. Est-il fait pour vieillir ? Bien qu'il passe son temps à draguer les femmes plus jeunes que lui, il n'admet pas que sa fille envisage le mariage avec un homme beaucoup plus âgé, installé socialement. L'ironie est que l'ex-femme de Bruno, échaudée par cet amour de jeunesse, encourage sa fille dans cette voie d'une relation sans enjeu émotionnel même si cela induit un intérêt matériel.
Roberto est plus rêveur - il vit dans une idéalisation de sa voisine alors que Bruno serait passé à l'action depuis longtemps - et ce trait de personnalité l'oriente parfois malgré lui vers une réalité tronquée. L'image faussée qu'il avait de sa famille, que Bruno va lui révéler en quelques instants d'une façon très drôle mais extrêmement brutale, est très révélatrice. Néanmoins, ce côté introverti ne laisse pas certaines femmes insensibles mais il est trop occupé à rêver une relation imaginaire.
Ce duo d'acteurs fonctionne à merveille. Vittorio Gassman occupe l'espace de façon impressionnante, tandis que Jean-Louis Trintignant, dans son éveil à la vie un peu brusqué, se révèle très touchant.
La mise en scène est très dynamique, aidée en cela par la vitesse de la Lancia Aurelia et la conduite imprudente de Bruno. Les rencontres et les scènes cocasses s’enchaînent tambour battant. Ce qui est remarquable c'est que l'humour n’empêche pas une réflexion psychologique et sociologique. Ce type de road-movie initiatique en tandem préfigure d'autres films tels que Parfum de femme du même Risi, ou même un Rain Man dans le cinéma américain.
Dino Risi nous prend complètement à contre-pied dans le dénouement. Alors que l'on voit peu à peu s'éveiller un intérêt de Lili, la fille de Bruno, pour Roberto, on imagine un futur commun pour les deux. Sauf qu'au lieu d'approfondir ce lien naissant, le jeune homme reprend la route avec son comparse et meurt dans un accident d'où réchappe son aîné. Ceci laisse presque l'impression que cette manière de vivre n'est applicable qu'à un homme flanqué d'une bonne étoile comme Bruno. Vouloir s'en approcher, c'est le risque de se brûler les ailes.