De mon point de vue, Karel Reisz n'a pas fait de film plus sombre et plus noir que celui-ci. A nouveau un personnage essayant de s'affranchir d'une condition (sociale, professionnelle) personnelle qui le trouble, qui trouve son ailleurs émancipateur dans l'univers des jeux de casino. Sauf qu'ici, Karel Reisz laisse de côté l'univers rural pour explorer un univers urbain américain. Bien qu'il retrouve à nouveau la fougue chez son protagoniste, ce joueur compulsif prêt à tout perdre dans sa vie.

Prêt à tout car le goût du risque (et de sombrer) y est plus enivrant que l'appât du gain. Karel Reisz trouve dans cette obsession une vulnérabilité et une mélancolie. Celles d'un homme qui semble errer dans sa propre vie, tel un fantôme dont le matérialisme des jeux le fait sentir vivant. Le personnage de James Caan (sublime de charisme) se nourrit presque de l'extravagance des décors intérieurs, tout comme il a l'air totalement vidé de toute énergie et de motivation en dehors des jeux.

Là est tout le génie de Karel Reisz, en faisant de ce film un faux polar urbain. Un film plein de névroses et d'angoisse vis-à-vis des espaces, car l'âme du protagoniste est déjà condamnée. Les intérieurs sont une jungle (avec ses excentricités, sa décadence, sa cacophonie, etc), tandis que les extérieurs de la ville sont d'une tranquillité très flegmatique. Il faut aussi noter que Karel Reisz s'autorise des touches de bienveillance et de tendresse dans tout ça, grâce à une romance et une relation mère/fils très touchante. Ce qui rend ce gouffre, dans lequel s'enfonce volontairement le protagoniste, plus vertigineux. Cette autodestruction qui n'en finit jamais, est la touche très britannique (via les états d'âme) dans les motifs du polar urbain américain.

teddy_devisme
8
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le 10 août 2026

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