Arthur Penn commence son parcours de réalisateur avec cette version de la légende de Billy the kid, avec Paul Newman dans le rôle titre.
Le scénario semble de prime abord très raccourci : en à peine un jour, Billy ressent une profonde dévotion pour son employeur, au point de mettre sa vie en jeu pour le venger. Il devient également le meilleur ami de deux gars de la troupe. On se dit qu'il y a des ellipses, mais non, les dialogues insistent là-dessus, on demande à Billy pourquoi il tient tant à venger un type qu'il ne connaissait pas.
Mais au final, ce n'est pas tellement grave. Parce que les qualités, bien réelles, de ce western, sont à chercher ailleurs.
Dans le portrait de Billy the kid d'abord, bien sûr. Rarement un rôle de "chien fou" n'aura été aussi bien décrit, et donc crédible, que dans ce western. Parce que Billy est une tête brûlée, pas de doute. Il a sa propre notion de la justice, et du bien et du mal. Mais Billy n'est pas un jeune écervelé. S'il est pris dans une spirale de haine et de violence, il y a des moments où ses certitudes vacillent, où il entrevoit un autre chemin possible.
Même s'il aime les armes à feu. A la folie.
Ses allégresses de gamin le rendent attachant malgré tout. On aimerait le voir prendre un autre chemin.
C'est là que le film s'avère particulièrement vivant. Dans cette description d'un homme marqué par la violence, mais qui a gardé son coeur pur d'enfant. C'est qu'il n'a pas été guidé. Au contraire. Ceux qu'il aurait pu considérer comme modèle sont abattus. Alors c'est la violence qui devient un modèle.
Et bien sûr, il y a Pat Garrett. Un Garrett digne, l'ami de Billy qui voudrait bien l'aider, sauf qu'il ne sait pas bien comment faire. On sait comment finit l'histoire. Billy, qui n'était que pathétique, en acquiert une grandeur tragique.
Bien avant Impitoyable, il y a une réflexion sur la création de la légende. Billy est devenu un personnage de pulp. A l'est, il est une légende. Il y a ce personnage, qui l'admire. Sauf qu'il admire une image d'Epinal. Il ne connaît pas Billy. La rencontre va être une désillusion.
"You're not him", gémira-t-il.
La légende de l'ouest se forge. Pour l'observateur extérieur, ses acteurs en sont des surhommes.
La réalité est bien sûr autre.
La légende, elle, a été imprimée. C'est elle qui survivra.
En refusant cette légende au profit du portrait d'un homme vrai, Le gaucher, bien que plus classique dans sa facture que des westerns ultérieurs d'Arthur Penn, annonce pourtant bien une nouvelle vision de l'ouest.
Celle de l'homme qui tua Liberty Valance. Le western se posant des questions sur lui-même. Sur son propre héritage.