La tête brûlée qui chauffe
À part pour le Lucky Luke que je viens de lire, je ne suis pas très familier avec le personnage de Billy the Kid. Je sais qu'il fut un bandit redouté malgré son jeune âge, je sais qu'il était lié à Pat Garrett d'une façon ou d'une autre, et puis c'est tout... Et au vu du titre, je ne m'attendais pas à le rencontrer ici, incarné par Paul Newman.
Le personnage est fortement intéressant. Les colères qu'il pique, tel un petit garçon capricieux... Pas étonnant qu'il ait viré desperados ! Le film montre très bien cela, malheureusement il échoue à nous le montrer dans le rapport aux autres. C'est la faute aussi à une intrigue à la fois linéaire et décousue ; disons que, malgré une narration classique, ça manque de continuité, les scènes n'ont pas assez de liant entre elles. Il y a beaucoup d'évènements aussi et ils ne paraissent pas être traîtés avec assez de profondeur. Tout comme ces relations avec les autres personnages... Le plus grave, c'est qu'on ne ressent jamais vraiment l'amitié des débuts entre Billy et Pat. Ils ont l'air de bien s'entendre, on ne sait pas trop pourquoi, on n'a pas le temps de s'attarder dessus, et puis ils décident de se taper dessus (d'ailleurs la raison pour laquelle Pat décide de rentrer dans le droit chemin pour corriger le Kid paraît un peu dérisoire). C'est dommage. Mais heureusment, Billy est une tête brûlée et crée l'attachement au film.
Tout comme Paul Newman qui excelle dans le rôle de ce cancre incontrôlable. Il amuse, puis il terrifie. C'est bon. Les autres acteurs ne sont pas mauvais, mais étant nettement moins mis en valeur, il est difficile de se faire une idée précise de leur jeu. Penn offre une bonne mise en scène en terme de décors, de prise de vue, d elisibilité de l'action. Mais son montage ne permet jamais de se poser sur une scène en particulier. Tout va trop vite. Même le règlement de compte final. Trop d'ellipse aussi.
Bref, "The left handed gun" (dont le titre ne prend tout son sens que dans les 5 dernières minutes du film) laisse un peu sur la faim : un très bon personnage, mais le film souffre d'un traitement trop superficiel à bien des égards (relation aux autres personnages pauvres, narration qui manque de fluidité, scènes clefs qui manquent d'intensité) ; heureusement, les défauts n'empêchent pas d'apprécier le film grâce à des qualités techniques indéniables et surtout grâce à un Paul le Kid inoubliable.