Ce n'est pas avec Le grand chariot que la petite musique de Philippe Garrel va convertir les réfractaires à son cinéma. Trop de nonchalance narrative et de procédés datés (ah, cette voix off, tellement littéraire !) et une histoire à potentiel qui ne débouche sur rien d'essentiel. Derrière cette famille de marionnettistes, de père en fils et filles, se tirent les fils de la transmission, dans un art qui peine désormais à plaire. La référence au cinéma, dont l'avenir n'est pas assuré, tout du moins pour le type de films intimistes que chérit son réalisateur, est limpide et ses résonances dans sa propre famille tout aussi évidentes. Le cinéaste fait jouer ici ses trois enfants, lesquels ne déméritent pas malgré une partition pâlotte, et orchestre une succession de deuils et de liaisons sentimentales, en guise de scénario, dans sa tonalité très personnelle qui charme ou qui agace, c'est selon. Le grand chariot a tout de l’œuvre testamentaire, plus mélancolique que triste, qui peine cependant à nous atteindre, tant son écriture y semble trop contraignante, bridant une spontanéité qui aurait donné davantage de ressort à un film qui laisse finalement indifférent, en dépit d'un sujet dont la profondeur s'évanouit dans une atmosphère diaphane et presque anecdotique.