Séance de 22 heures, le film démarrant à 22 H 20. Une projection privée, car j'étais absolument seul dans la salle.

Ce n'est que le deuxième film de Philippe Garrel que je vois. Je n'avais pas aimé le premier et plus aucune idée duquel il s'agissait. J'ai de beaucoup préféré celui-ci. Cette mélancolique histoire de troupe familiale de marionnettistes qui se désagrège au fil des décès et des vocations divergentes se suit agréablement. Les personnages du film ou membres de cette petite troupe sonnent vrais, sont bien croqués, bien dessinés. On perçoit l'entente qui règne entre eux. Particulièrement quand ils animent leurs marionnettes et performent de petits spectacles devant un public d'enfants ravis, qu'accompagnent leurs mamans. C'est techniquement fort bien fait : ça paraît tout simple, alors que ça a sûrement été très difficile à filmer. Louis, Esther et Léna Garrel, les trois enfants du réalisateur, jouent trois des principaux rôles (trois membres de la troupe) et y sont en pleine harmonie. Aurélien Recoing joue leur père et chef vieillissant de la troupe. Damien Mongin est Pieter, un artiste-peintre qui vient, un temps, leur prêter main forte et qui fait, ensuite, partie de l'histoire. Lui aussi est très bien. J'ai trouvé le personnage de la grand-mère (des trois enfants) un petit peu théâtral, un poil surjoué, quand elle évoque, par exemple, la guerre 39-45 ; on sent, par un je ne sais quoi de grandiloquence, l'actrice Francine Bergé, et son métier, sous la vieille dame qu'elle personnifie.

Le père et la grand-mère connaîtront des accidents de parcours, ce qui amène une brève scène que j'ai moins aimé : Louis (Louis Garrel) dévissant, au cimetière, la croix fixée sur le cercueil de la grand-mère, puis jetant négligemment dans l'allée (ou entre les tombes) le morceau de bois vidé de son sens. J'ai trouvé le geste affecté (ou colérique ?), en même temps qu'irréaliste. Les gens des pompes funèbres demandent systématiquement, au moment de la passation de la commande, s'il faut ou non disposer un symbole religieux (croix ou autre) sur le couvercle du cercueil. Donc quand on enterre une personne revendiquant son athéisme, le commanditaire précise forcément (surtout s'il est d'origine juive, musulmane ou bouddhiste) : pas de croix. Cette courte manifestation d'hostilité envers la religion chrétienne m'a semblé, comment dire ?, superfétatoire. C'est peut-être mon côté "vieux con".

Je résume. Il y a deux morts dans la troupe, deux mises en terre successives dans le film, l'ambiance s'en ressent un peu. Un couple se sépare. Un enfant naît. Un couple se forme. La troupe de marionnettistes rencontre de gros problèmes de survie... avant que "Le Grand Chariot", le théâtre de marionnettes ambulant, ne soit lui-même foudroyé (au sens propre du terme) ou la victime collatérale d'un arbre qui, lors d'un très violent orage, est frappé par la foudre. Louis, le frère aîné, apprenti-dramaturge, s'impose rapidement et gagne des sous. Pieter, l'artiste-peintre, pourtant talentueux, connaît l'échec (en partie, par sa faute, son caractère hésitant et orgueilleux), il restera pauvre et méconnu. Les quatre jeunes femmes de l'histoire (et qui l'éclairent de leur présence) cherchent un peu leur voie... Le petit groupe des personnes mises en scène sont unies par l'amour, l'amitié, l'art qui les vivifient (et les sauvent ?) au fil des années. L'ensemble (la façon dont s'est raconté) m'a rappelé un peu la Nouvelle Vague des années 60-70 (un peu Truffaut, un peu Godard). Une façon à la fois poétique et réaliste de filmer, montrer les choses et les gens (quand ils dorment, quand ils rêvent, quand ils souffrent, quand ils ont envie d'aimer la personne avec qui ils sont). Il y a, pêle-mêle, la nostalgie du temps qui passe, de la vie qui s'essouffle, et le mystère, la beauté, gratuité, tragédie (?) de tout ça (auquel la voix off finale donne une dimension presque métaphysique, testamentaire).

Seul dans la salle, au milieu des rangées de fauteuils vides, le moment aurait pu être lugubre, mais non, car j'étais dans le film, pris par l'histoire, ses personnages, son ambiance sensible, "artistique", puis finalement quittant cette fiction à regret.

Elles font, font, font... trois p'tits tours et puis s'en vont.

Fleming
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le 23 sept. 2023

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Fleming

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