Après une première tentative de comédie ratée il y a deux ans avec Radin, Fred Cavayé a cette fois la main plus heureuse en signant ce remake d'un film italien sorti début 2016.
Sur le dispositif pourtant éculé de la réunion en huis clos qui va tourner au règlement de compte, et malgré une mécanique très mécanique qui force volontiers le trait, parfois jusqu'à l'absurde (pourquoi le personnage de De Groodt se montre-t-il si réticent à jouer alors qu'il est le seul à rien avoir à cacher ?), Cavayé ménage les effets d'un scénario plus malin et moins superficiel qu'en apparence. Alors que la bande-annonce vend une grosse comédie pleine de coups de théâtre grand-guignolesques et de tartes dans la gueule, Le Jeu fonctionne sur le mode des poupées russes, gagnant en gravité à mesure que les quiproquos drolatiques révèlent un cœur plus sombre. Et l'on est surpris de se faire saisir par une émotion inattendue lorsqu'apparaissent les thèmes de l'homophobie, du malaise profond qui ronge les couples usés, de la difficulté d'être parents, des faux-semblants que l'on fait semblant de ne pas voir ou de bien vivre...
Film choral au casting royal dont se détache Grégory Gadebois, parfait en ami bonne pâte moins léger qu'il n'y paraît, Le Jeu s'ouvre de manière un peu pataude (décors trop familiers, manque de rythme dans les dialogues, mécanique un tantinet artificielle et trop systématique) pour finir par séduire franchement dans sa façon de traiter cette question de l'impossibilité d'être toujours parfaitement honnête, fidèle et sincère avec les gens que l'on aime.
Mieux, le film déjoue ses propres rouages : le spectateur, qui a pris l'habitude pendant les deux tiers de l'histoire d'anticiper tel ou tel quiproquo, se laisse surprendre par des retournements savoureux qui relancent son plaisir et son attention. Jusqu'à se faire piéger pour de bon par un twist final imprévisible d'autant plus efficace que, loin d'être un simple tour de passe-passe facile et crâneur, il va dans le sens de ce qui est raconté : tout le monde triche, tout le monde trompe, tout le monde ment, chacun très conscient du caractère inévitable, voire nécessaire, de ce jeu de dupes et de ces arrangements avec la vérité et la morale, pour que l'amour dure.