Avec Le Jeu du faucon, John Schlesinger signe un film d’espionnage à rebours des standards hollywoodiens : pas de gadgets clinquants ni de complots mondiaux, mais deux jeunes Américains qui se lancent dans l’espionnage presque par accident. Timothy Hutton incarne avec sobriété un idéaliste désabusé, tandis que Sean Penn… en fait des tonnes. Son jeu, certes énergique, vire souvent à la grimace et au cabotinage, au point de déséquilibrer certaines scènes.
La mise en scène, elle, peine à convaincre. Voir Penn pénétrer deux fois sans difficulté dans l’ambassade soviétique à de quoi surprendre. Le contact russe, incarné par David Suchet, est joué avec un accent et une raideur qui flirtent avec la caricature. Quant à la réception des documents par Moscou, elle est traitée avec une désinvolture telle qu’on se demande si ces secrets avaient réellement la moindre valeur. Et ce n’est qu’une partie de la liste des invraisemblances d’un film pourtant basé sur une histoire vraie.
Et puis il y a Lori Singer. Présentée comme le love interest de Timothy Hutton, son personnage n’apporte absolument rien à l’histoire. Ni moteur dramatique, ni contrepoint psychologique : elle flotte dans le récit comme un vestige d’intrigue secondaire jamais aboutie.
Reste malgré tout une atmosphère intéressante, un regard désenchanté sur l’Amérique post-Watergate. Mais on sort du film avec l’impression qu’il manque d’équilibre : trop bancal pour un vrai thriller, trop maladroit pour un drame psychologique abouti.
Le Jeu du faucon est une curiosité qui séduit davantage par ce qu’elle raconte en creux (la désillusion d’une génération) que par la manière dont elle le raconte.