"The Paper" a plus de 30 ans, et il est amusant de constater que c'est un vraiment produit typique de son époque. D'abord, parce qu'il présente 24 heures dans la vie de journalistes travaillant pour une feuille de chou. Je ne connais rien du métier de journaliste, mais j'ose imaginer que les tirages papiers et les contraintes logistiques qui s'en accompagnent ne sont plus la préoccupations des médias modernes. De même, l'absence de téléphone portable joue involontairement un rôle crucial dans l'intrigue.
Evidemment, ce ne sont pas des reproches que je fais au film, je souligne simplement cet aspect pré-internet assez fort.
On a également un panel de têtes connues pour un drame de moyenne envergure : impossible à envisager aujourd'hui, ce type de production atterrirait directement en streaming, avec des acteurs moins célèbres. Tandis que la multiplicité des sous-intrigues alimenterait une série plutôt qu'un long-métrage.
Maintenant que j'ai dit tout ça : que vaut le film ?
L'idée est bonne, et sent le vécu. Pour cause, Stephen Koepp, co-scénariste avec son célèbre frère David, a travaillé dans le journalisme. Et ils se sont lâchés, imaginant un éditeur devant jongler entre sa femme enceinte jusqu'aux yeux, sa patronne imbuvable avec qui il se bat sur le contenu de la une, un nouvel emploi potentiel, divers soucis plus mineurs, et une affaire de meurtre trop hâtivement résolue par la police. Le tout sur une seule journée... avec en prime les personnages secondaires qui ont eux-aussi leurs problèmes à gérer !
Il faut avouer que toutes les sous-intrigues ne sont pas passionnantes, ni forcément bien gérées. Tandis que la mise en scène de Ron Howard est, à l'image de sa carrière, inégale. Par moments, le réalisateur parvient à bien injecter cette sensation de frénésie au sein d'une rédaction, avec une caméra très mobile. D'autres passages sont plus lisses, avec en sus une photographie so 90's un peu terne.
Néanmoins le film bénéficie de sa distribution impressionnante. Glenn Close en patronne qui pense surtout aux sous. Robert Duvall en éditeur en chef charismatique mais malade. Marisa Tomei en épouse enceinte stressée (je passe sur les 13 ans d'écarts avec son mari à l'écran...). Et bien sûr, Michael Keaton en protagoniste tiraillé de partout. Un rôle qui n'est pas sans rappeler celui qu'il tiendra 20 ans plus tard dans le multi-récompensé "Spotlight", bien que sa prestation soit ici plus légère.
En conclusion, l'idée de base est intéressante, elle n'est pas mal exécutée mais le film n'est aussi fort que l'on pouvait espérer.