Modiano n'est pas un auteur qu'il me semble souhaitable d'adapter, tant sa mélancolie passe par le texte lui-même bien plus que par ses intrigues souvent minimalistes. Le parfum d'Yvonne ne fait pas partie des grandes réussites de Patrice Leconte. Certes, c'est sensuel (en même temps il en fait des tonnes), bien joué, avec une atmosphère de carte postale, les personnages y sont en proie à un mal existentiel qui les mène à l'autodestruction. Mais osera-t-on dire que, malgré un chien affligé de mélancolie, on s'y ennuie un peu? Finalement, le comte n'est pas un personnage que l'on va plaindre, tant son spleen paraît fabriqué.
Jean-Pierre Marielle y joue un personnage plus déchirant, un vieil homosexuel qui, fatigué de jouer les marginaux, voudrait au contraire rentrer dans le moule, qu'on le considère comme quelqu'un de "normal", mais son agressivité de façade, mécanisme de défense, est trop ancré en lui pour que cela fonctionne.
Yvonne aussi avait de quoi intéresser : petite fille de la campagne, souhaitant obtenir gloire et célébrité, mais trop apeurée pour aller au bout de son ambition, au point qu'on la considère comme paresseuse, ce qu'elle devient peut-être d'ailleurs, et qui s'enfuit dès qu'une chance se présente de peur de voir s'envoler ses illusions.
Si le film s'était intéressé à ces portraits au lieu de se complaire dans le sexe et la volupté, ou dans le sordide, il aurait sans doute été bien plus passionnant. Seulement voilà : il ne fallait pas rompre cette ambiance spleenétique, même pas pour raconter son histoire!