Des hommes et des femmes désespérés qui acceptent de risquer leur vie dans l’espoir de décrocher une fortune. Cela vous dit quelque chose ? Alors que Squid Game vient de terminer sa troisième (et laborieuse) saison, quelques mots sur un film français des années 1980 qui — bien avant Netflix — dénonçait les déviances de la société du spectacle.

Réalisé par le regretté Yves Boisset, Le Prix du danger nous plonge dans une France dystopique où une émission de télé-réalité filme des chasses à l'homme en direct. À chaque émission, un « volontaire » est traqué dans la ville par cinq chasseurs armés. S’il survit, il empoche le pactole. S’il meurt, tout le monde passe à autre chose. The Show Must Go On !

Dès les premières minutes, le ton est donné : un candidat est rattrapé puis massacré à coups de pagaie, sous l'œil avide des caméras. Yves Boisset impose un univers brutal, déshumanisé, renforcé par une esthétique froide et bétonnée — le film est en partie tourné à Belgrade, donnant au film une atmosphère néo-stalinienne. Le résultat a fatalement vieilli sur la forme, mais le fond reste terriblement actuel.

Gérard Lanvin est parfait en chômeur prêt à tout pour s’en sortir, candidat d’une émission où tout est bon pour faire grimper l’audience. Pour son premier grand rôle au cinéma, il livre une performance physique et habitée.

Face à lui, Michel Piccoli campe un présentateur exubérant dont le sourire masque la nature profonde : froide, calculatrice, déshumanisée. Il est le bras armé du système, celui qui façonne les émotions du public. Le patron de la chaîne (Bruno Cremer) le résume parfaitement : « Si tu es enthousiaste, ils seront enthousiastes ; si tu es choqué, ils seront choqués. ». Piccoli en fait des tonnes — et ça fonctionne. Aussi détestable soit-il, son personnage est l’attraction du film.

Le Prix du Danger est un film profondément cynique, qui dénonce sans retenue les dérives d'une société biberonnée au divertissement. Comme dans Squid Game, le film questionne autant la machine médiatique que notre propre rapport au spectacle et à la violence. Car en suivant cette traque haletante, en frémissant pour le héros, en espérant la chute des chasseurs, le spectateur devient complice. C’est là toute la force et l'intelligence du film.

Vous l'avez compris, si Squid Game vous a fasciné, prenez le temps de découvrir Le Prix du Danger. Parfois, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures.

Fictiomnanbule
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le 16 juil. 2025

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