- T’as de beaux yeux, tu sais.
- Embrasse moi.
- Nelly.
- Embrasse moi encore…


Michèle Morgan (Nelly), dix-huit ans et les plus beaux yeux du monde, vient de se laisser tomber dans les bras d’un Gabin (Jean) fatigué, affamé et désabusé. Le déserteur malchanceux est à bout de force. La France du Front Populaire s’inquiète pour son pitoyable héros.


Marcel Carné et Jacques Prévert s’inscrivent dans le réalisme poétique. Cette douce utopie prétend insérer des personnages maudits mais populaires dans des paysages péri-urbains mêlant friches industrielles, arbres dénudés, pavés luisants de pluie, brumes persistantes, le tout servi par des dialogues bien écrits : « J'aime pas les bêtes qui cherchent un maître », « Moi je te remercie, les mots je ne sais pas », « Les gens ne s’aiment pas, ils n’ont pas le temps… »


Bien que le résultat soit inégal, le film ne se réduit pas au seul regard de Michèle. Il alterne langueurs pénibles et instants de grâce, telles la première séquence portée par un camionneur criant de vérité ou les scènes dans le bar. En vedette assoupie, le sublime paquebot Normandie, dans le lointain, attend son heure. Conformément aux codes du genre, la ville du Havre est comme morte et un tantinet factice, toute la vie s’est réfugiée dans la fête foraine. Les personnages ne brillent pas par leur subtilité : le fils à papa voyou et lâche, l’antiquaire cauteleux, jaloux et pervers, le poète maudit suicidaire, l’improbable bistrotier au bon cœur. Michèle Morgan n’en a cure et pleure son héros mourant : « Embrasse moi vite, on est pressé… »

Créée

le 2 déc. 2015

Critique lue 1.6K fois

Step de Boisse

Écrit par

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30
4

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