Depuis plus de vingt ans maintenant, la soit disant critique et les aficionados s'entêtent à chercher un successeur à Hayao Miyazaki, tandis qu'ils comparent systématiquement à l'indépassable Princesse Mononoké chaque opus partageant, même de très loin, les thématiques du maître.
Ce faisant, ils ne réalisent cependant pas à quel point ils condamnent immédiatement les films d'animation qu'ils chroniquent, car il ne faut pas se mentir : Princesse Mononoké ne sera probablement jamais égalé, encore moins surpassé.
C'est dire à quel point sous couvert de comparaison élogieuse, on condamne à la déception, au goût de trop peu. Car Le Roi Cerf ressemble peut être, après un bref coup d'oeil, au magnum opus. Mais il est bien plus que cela.
Tout d'abord, Le Roi Cerf se montre moins épique, moins furieux. Il se montrera de plus moins facile d'accès, en choisissant de seulement se laisser découvrir, sans chercher systématiquement à montrer ou à expliquer. Voilà sans doute pourquoi certains se permettent de juger le film comme creux, ou aussi rutilant qu'une coquille vide, dans des avis qui laissent parfois pantois.
Vous voilà prévenu donc : Le Roi Cerf, aussi beau soit-il, demeure un anime finalement assez retenu, mais qui illustre un monde dans lequel ceux qui se laisseront séduire n'auront qu'une idée en tête, y replonger immédiatement après le générique final.
Cette envie proviendra aussi de la richesse thématique brassée tout au long des presque deux heures de projection, allant de la classique symbiose avec la nature à la spiritualité, du poids de la mythologie et de l'histoire, jusqu'aux enjeux politiques.
Et puisque parce que même s'il y a une forêt et des loups, ce n'est forcément Princesse Mononoké, le jeu des influences et des réminiscences d'oeuvres passées devrait plutôt conduire, à bien y réfléchir, du côté de Nausicäa de la Vallée du Vent et du puissant Sword of the Stranger, tant la quête de ce dernier est similaire.
Mais tout cela ne ferait qu'occulter le fait que Le Roi Cerf évolue dans un monde attirant parfois étrange. Qu'il insuffle la vie à des personnages aux petits oignons, dont certains sont rarement vus dans un film d'animation, tel ce prince docteur qui soutient une sous-intrigue « médicale » passionnante mettant en balance guérison et destruction. Et puis, il y a ce guerrier mutique et blessé, qui régénère littéralement son âme au contact de la petite fille qu'il sauve, réceptacle des émotions pures que les pères ressentent sans pour autant les exprimer autrement que par la réalisation, comme dans Princesse Dragon.
De quoi, encore une fois, s'émerveiller, frissonner, réfléchir et se laisser prendre par les sentiments déployés par ce Roi Cerf qui transcende les comparaisons à l'emporte-pièce pour mieux affirmer sa propre identité, magnifique et forte.
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