Un meilleur titre serait "Les Traîtres" car dans la mafia tout le monde trahit tout le monde.

Ce film est inspiré de l'histoire vraie de Tomasso Buscetta, de la Cosa Nostra de Palerme, une histoire extraite de sa confession au Juge Falcone.

C'est une excellente mise en scène du contexte mouvementé dans lequel il prit la décision de collaborer avec la justice pour faire tomber les mafieux, après la guerre sanglante initiée par le chef des corleonistes Toto Riina. 

Celui-ci avait décimé la famille de Buscetta (deux fils et un frère pour commencer) et s'était affranchi de toutes les règles persistant chez les prétendus "hommes d'honneur" : celles relatives aux meurtres et aux représailles entre clans rivaux. Avec l'avènement de la drogue et ses profits exorbitants, les assassinats étaient devenus sans limites. Car "Il faut que la semence se perde", disait Riina, commanditant pour cela des meurtres d'enfants, lesquels étaient jusqu'alors proscrits.

Le film suit assez strictement (certes en la densifiant) la réalité historique - celle qu'on a pu voir, dépliée, en images d'archives dans le documentaire sur l'histoire de Buscetta Notre Parrain (sur Netflix) . 

Mais  la narration emprunte quand même en partie au Parrain de Coppola. Cela nous frappe dans la premiere scène : des négociations de façade entre deux clans dans une villa où plusieurs générations dansent ensemble. Le choix de la musique aussi démarque celle de ce modèle : le bal et le son de la guitare semblent etre un hommage au grand film sur la mafia américaine de 1972. 

La narration rappelle encore, par une sécheresse  plus angoissante, la violence hors de contrôle des mafieux telle qu'on la voyait surgir dans Elections de Johnny To, de 2005. 

Le film nous montre surtout, plus réaliste que ces deux films de fiction, une incroyable quantité de trahisons, dans des niveaux variés. Et la multiplicité des traitres indique que trahir sera, à un moment où un autre, la condition de la survie de chacun et de tous : les trahisons multiples s'entremêlent tandis que quelques uns bataillent pour le pouvoir.

Les 360 mafieux jugés en 1986-1987 (au "maxi-procès de Palerme") grâce aux confessions de Buscetta ne sont donc des "hommes d'honneur" que par antiphrase. Ce que ce film nous transmet brillamment est que dans la mafia, tout le monde trahit, et tout le monde se trahit : on trahit surtout ses amis et sa famille dans une surenchère et une répétition exacerbée de la dissimulation, de la déloyauté, de l'infidélité et de la terreur. 

(Notule de 2023 publiée en octobre 2025).

Michael-Faure
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le 14 oct. 2025

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